Naître Chez Soi

    Ma toute belle,   Aujourd'hui tu as 9 mois. Tu dors, à portée de mes oreilles. Ta grande sieste du matin. Tu es née le 5 février 2009, à P., dans notre appartement du xx, au pied du lit où ton papa et moi t'avons fabriqué.   Nous t'avons conçu dans les rires de faire de très nombreux câlins, plus qu'à notre habitude, car nous avions vraiment envie d'agrandir notre famille. Après quelques 6 mois d'essai, en mai 2008, tu t'es niché dans mon ventre. J'étais probablement plus prête à t'accueillir. J'avais été dire au revoir à ma maison d'enfance de G. et visiter à nouveau mon arbre généalogique. D'autres choses –dont à vrai dire je ne me souviens plus très bien au moment où j'écris ce texte mais que j'avais noté un temps - avaient pu aussi se passer.   Ma grossesse a été un très beau chemin. J'ai été d'abord très nauséeuse, ultra-sensible aux odeurs (vomissant sur le quai de la gare dès que je renouais avec les odeurs de la ville après un we à la campagne), avec très peu d'énergie pendant les 5 à 6 premiers mois. Je me trainais pour assurer le quotidien et les activités et ballades avec ta sur I.. Répondre à ses questions aussi. I. voulait savoir comment elle avait été fabriqué, comment tu avais été fabriqué, si tu allais sortir de mon ventre, comment, quand.
On a regardé beaucoup de films de bébés et lu des livres.
Cela a été des moments très joyeux. Je limitais au fur et à mesure mes activités professionnelles et associatives, en donnant priorité à ce qui me faisait plaisir et me tenait à coeur. J'ai rencontré plusieurs sage-femmes pour finalement choisir d'être suivie par S. Et puis, j'ai rencontré V., doula, accompagnante à la naissance. On a commencé les séances avec ton papa, qui a été d'accord pour qu'on prenne du temps à deux pour préparer ton arrivée à toi. C'était important parce qu'avec ton papa, on discutait beaucoup, ca chauffait. Malgré mon manque d'énergie, j'avais une grande envie de câlins, et on n'avait pas encore fait la paix à propos de toutes les difficultés qu'on avait rencontré après la naissance d'I., et d'autres choses plus anciennes encore. Et petit à petit, j'ai commencé à m'ouvrir. Quand S. m'a proposé de faire le test O'Sullivan pour voir si je faisais du diabète. J'ai eu un déclic. Mon problème de manque d'énergie était là, dans mon foie, mon pancréas. J'ai commencé à changer mon style d'alimentation. Un mois plus tard, le test de glycémie post-prandiale était ok. Et je me suis rendue compte que ça n'allait pas avec S.. Alors, j'ai été rencontrer M. Et voilà, je me suis sentie à la maison. Je n'avais plus besoin de parler, parler, je pouvais commencer à sentir, à accepter. Ton papa aussi d'ailleurs qui m'a avoué qu'il ne l'avait jamais trop sentie S. mais qu'avec M., ça irait il sentait qu'au besoin il pourrait "s'engueuler" avec elle, elle était solide. M. était disponible jusqu'à mon terme, après elle partait en formation et alors, ce serait F. qui prendrait le relais. A vrai dire, ca ne m'a pas inquiété. J'étais à la maison. V. et M., tu as du les sentir toucher mon ventre, te demander comment tu allais là au chaud. Je me baladais en forêt, touchais les arbres, respirais, perdais du poids, je retrouvais de l'énergie, une énergie que je n'avais plus eu depuis très longtemps, peut-être avant même d'être enceinte d'I.. Je me suis mise debout devant les médecins et l'institution médical. A Lariboisière, notre plan B en cas de transfert où je me suis inscrite au début de mon 8ème mois, je n'ai pas trop parlé, dis juste ce qu'il faut, accepter un peu et refuser d'autres choses, tranquillement. Je n'ai pas investi d'énergie dans cette inscription, juste un peu sur l'histoire du nom sous lequel ils voulaient m'enregistrer, mais pas sur les autres trucs. Nous avons dit que nous avions envie que tu naisses dans notre maison aux personnes qui s'en réjouissaient, et on a été discret avec d'autres, dont nous sentions que notre projet pouvait les angoisser. A la fin de ma grossesse, je grimpais sur les côtes de M. comme un cabri.   Et puis le matin du jeudi 5 février 2009, à 12 jours de mon terme "officiel", vers 4 heures du matin, j'ai eu des premières contractions, suffisamment pour je me lève, je m'agite et réveille ton papa. On s'est embrassé, en se disant que peut-être c'était le jour. Ton papa était tout excité, heureux. Il aime les naissances, ton papa. Et on s'est rendormi.   I. et ton papa sont partis pour l'école et le travail. Avec quelques contractions régulières mais pas fortes, je suis entrée moi dans une frénésie d'activités pour boucler les derniers trucs que je voulais terminer avant ta naissance. Vers 11h, sur la route de l'école d'I., j'ai téléphoné à V. et M. M. m'a proposé de prendre un bain chaud pour voir si c'était un faux travail. On est rentré avec I., on a mangé, j'ai endormi ta grande soeur avec une petite tétée. Elle avait une grande plaque rouge sur sa joue, qui l'a grattait depuis le matin. J'ai encore fini quelques trucs et je me suis plongée à 14h dans un bain où I. m'a rejoint à son réveil. Les contractions régulières mais espacées et pas fortes étaient toujours là. On est parti au rendez-vous avec la maîtresse d'I.. J'ai quand même dit à ton papa que je préférais qu'il rentre tôt, qu'il vienne nous chercher à l'école d'I. après le rendez-vous. Je l'ai dérangé dans la dernière vraie réunion importante, qu'il avait de programmer avant le break prévu pour ta naissance. Pendant le rendez-vous, assise, j'ai eu ma première vrai contraction forte. C'était très rigolo d'être là et en même de savoir que tu allais bientôt venir. Ton papa est arrivé. Nous sommes partis au parc aux balançoires, rue Carpeaux. Je m'arrêtais de plus en plus souvent pour gérer une contraction en prenant appui sur une voiture ou un poteau. Il faisait doux. Un soir d'hiver qui sentait le printemps. On est remonté vers la butte. Ton papa a dit que c'était pour ce soir, alors on est passé acheter pleins de bonnes petits choses chez le pâtissier pour ton papa, au traiteur grec pour moi. Les passants et commerçants s'étonnaient de mes pauses pour gérer une contraction. Nous, on riait. On était heureux d'être là à coté de la maison où tu allais naître. On savait que tu allais arriver. Enfin, ton papa le savait et moi, je savais qu'il se passait des choses et que ça allait bien. J'ai voulu aller rembourser deux tickets de manège sur la place des Abbesses et voilà à 18h, j'étais prête, nous étions en route pour la maison. Ton papa a décidé d'appeler la sage-femme, à qui j'ai dit que ça allait, qu'on la rappellerait, qu'elle n'avait pas besoin de venir tout de suite. On a aussi appelé I. et N., les babysitteurs de ta grande soeur, pour leur dire que c'était pour ce soir. Je me suis mise dans un bain pendant que ton papa mettait de l'argile sur la joue d'I., qui décidément sentait que quelque chose allait arriver. Les contractions venaient de plus en plus fortes. Elles m'ouvraient pour que tu puisses venir. J'ai dit là, il faut que M. vienne tout de suite . Je suis sortie du bain, c'était insupportable de ne pas bouger. Ton papa organisait le nid pour t'accueillir (le matelas dans la chambre, les rideaux pour protéger mon besoin urgent d'intimité), tout en gérant I., et me soutenant dans les contractions. Un peu beaucoup pour lui. I., N. et M. sont arrivées entre 19h et 19h30. I. a fait des aller/retour entre nous et ses babysitteurs, pour finalement rester avec elles. Mes cris étaient trop impressionnants pour elle et nous n'étions plus disponibles pour elle, encore moins moi que ton papa. M. a fait à ma demande un toucher vaginal pour regarder où j'en étais. 5/6 cm. Dans la salle de bain, j'ai amplifié ma danse du ventre, debout, accrochée à notre table à langer, le bas du dos soutenu par ton papa. J'ai dansé … j'ai dansé intensément … en disant :" ouvres, ouvres "…  
C'était fort. Très fort. Je me concentrais pour ne pas louper
le début des contractions. Si je loupais le début, ah c'était dur de me remettre dedans. Plus tard, j'ai proféré des injures (en anglais !). M. m'invitait à dire les mots dont j'avais besoin (!). Et puis, au plus fort de ma danse, j'ai eu envie de pousser une fois . M. m'a proposé de passer dans la chambre. Ton papa ne comprenait pas ce qui se passait. Il pensait que cela allait durer beaucoup plus longtemps. Pour I., cela a été beaucoup plus long, si long. Moi, j'étais partie dans un ailleurs où le lieu ne m'importait plus. Je me suis mise à 4 pattes, accrochée à la couette, ton papa et M. derrière moi. J'ai poussée une autre fois sur une contraction, la poche des eaux s'est rompue. Une troisième fois, j'ai sentie ta tête. ça brulait. Une dernière contraction, tu as glissée dans les mains de M. et de ton papa. 21H moins.
Tu étais là, ma toute belle. Une
petite crevette grise. On a vu que tu étais une fille. On t'a nommé. L., S. comme ta marraine et M., comme les femmes de nos familles et comme notre sage-femme qui était là si solide, si présente, si silencieuse. Il était 21h moins. Ta soeur est venue. Ton père a déclaré « La naissance d'I. était intéressante, mais alors là, c'était vraiment très intéressant ». On a une photo qui nous a bien ébloui. Ta tante N. avait oublié d'enlever le flash. Toutes les autres photos sont sombres et floues.   On t'a contemplé. Tu as un peu tété. Toute calme, toute sereine. Tu as rosie. Puis, après tu as été dans les bras de ton papa en protestant, et je me suis mise à quatre pattes pour expulser le placenta. J'avais froid. Je t'ai reprise vite dans mes bras et on a été se blottir sous la couette. M. est partie vers 23h, raccompagnée à sa voiture en procession par I. et I. On s'est couché tous les 4, dans notre chambre. Toi, blottie contre moi. A 2h du matin, j'ai eu une fringale et on a fait un pic nic avec ton papa dans la maison toute silencieuse. M. est venue le lendemain. Elle t'a pesé. 3Kg250, à peu prêt. Tu n'as été mesurée qu'à la visite des 8 jours. Entre temps, juste rien. Seulement mes mains, celles de ton père et de ta soeur, douces sur toi. Pas de test de gutry (décision prise à pile ou face), de pesées, de dérangements, on te regardait. Tu tétais, tu faisais tes pipis, tes selles, tu prenais des joues, des tempes, du menton, tu dormais, blottie contre moi, toute nue en peau à peau pendant au moins 7 jours, toute chaude malgré le froid. Tu as fait pleins de petits boutons pendant 48h, observée attentivement par M. qui est venue presque tous les jours pendant une semaine. On est resté dans notre cocon. Avec des visites espacées. Ton grand-père paddy du G., dès le lendemain. Tes grands-parents de S., le dimanche. Ta grand-mère Zig-Zag le lundi, mais elle est repartie vite c'était trop d'émotions pour elle, alors pour moi aussi. Les parisiens au fur et à mesure. I. a au une forte fièvre pendant 3 jours. Ton papa a été malade des gâteaux qu'il a mangé pour fêter ta naissance.  L'énergie circulait … Dehors, pendant une semaine, il a neigé, il a venté, il a plu, il a tempêté. La nature fêtait ton arrivée.   J'étais – moi - émerveillée et encore pleine d'autant de liberté, de puissance, de simplicité, de douceur pour moi et encore plus pour toi, mon tout petit bébé. Je ne m'imaginais pas que rester chez nous pour te donner naissance serait aussi différent, aussi incroyablement  "mieux"  pour moi, pour toi, pour notre famille, par rapport à la naissance "respectée " de ta soeur à la clinique du B.   Pendant 40 jours (ou presque), ton papa est resté avec nous.. Cela n'a pas été facile pour lui tous les jours de materner sa petite famille, mais il a été là, et bien là. On est parti en famille à L., faire des petites vacances, pas forcément voulu par moi (j'aurais préféré ne pas bouger de mon nid), mais indispensable pour ton papa. J'ai appris - pas forcément facilement tous les jours, mais doucement - à être maman de 2 petits filles en même temps. J'ai accompagné I. à devenir grande soeur, malgré mes irritations et mon énervement devant ses demandes toujours très grandes. Tu m'as bien aidé par ton calme et ta sérénité. V. est venu m'aider à me retrouver mère et femme à la fois, en refermant mon corps que j'avais tant ouvert pour te porter et te donner naissance. L. a vérifié tes freins de langue et de lèvres, je voulais être sûre que cela ne générait pas tes tétées. On a fait couper un peu ton frein de lèvre supérieure. Tu n'as pas aimé mais cela m'a rassuré pour la suite de tes tétées. Et puis, au moment de ta naissance, on a su qu'on partirait vivre à K., quand tu aurais 7 mois. Alors, ton papa est reparti au travail préparer notre départ. Voilà, je t'ai entendu gazouiller. Tu es réveillée. Un sourire découvrant 3 dents toutes neuves. Joyeux 9 mois, ma toute belle.   K., le 5 novembre 2009 Ta maman  
Sam 5 déc 2009 3 commentaires
Merci d'avoir publié mon témoignage. Je lis la citation de Blandine Poitel et je me dis que "oui, maintenant je connais le secret d'une naissance libre". Merci à Naitre chez Soi pour les informations échangées et le soutien apporté.
La maman de L. - le 08/12/2009 à 10h30
quelle belle histoire! j'ai été émue! je pense que votre petite fille va être contente de pouvoir lire ces mots en jour. ils témoignent d'un tel amour et d'une telle tendresse. bonne continuation
mutuelle - le 14/12/2009 à 15h17
tout simplement magnifique!!
itadakimass - le 06/01/2010 à 21h29