"Naître Chez Soi"
Le terme de cette grossesse était fixé pour le 6 octobre…mais j’espérais vraiment accoucher fin septembre.
Quand vers le 10 septembre j’ai commencé à avoir des séries de contractions régulières…je me suis rappeler la naissance de noelie et j’ai commencé à croire que la naissance n’allais pas tarder !
Quelle erreur de ma part ! Les jours on passés avec toujours de plus en plus de contractions, de plus en plus fortes…mais qui finissaient toujours par s’arrêter ou s’espacer.
Plusieurs fois j’y ai cru, a tel point que les filles sont parties s’installer chez ma mère vers la mi septembre. Je m’attendais a
tout moment à ce que ça s’accélère….mon col était très mou, presque effacé et dilaté à 4cm sur la partie externe. Tout le monde me disant qu’un troisième ça va plus vite…j’étais plus tranquille
de savoir les filles avec ma mère et surtout ça me permettais d’être au calme car mes nuits était très mouvementées par les contractions et les réveils fréquents. Comme ma mère habite à coté de
chez moi, je passais quand même les mercredis et week end avec elles…elles venaient après l’école etc.…la séparation n’étais pas réelle.
Plus les jours passaient plus il a fallu que j’accepte que cette naissance n’étais pas imminente. Il a fallu que je donne du temps à mon bébé. Accepter d’accoucher à terme (mes deux filles sont
nées avant terme) voir dépasser le terme…
Petit à petit j’ai fini par lâcher prise, mais ce fut une période difficile pour moi….l’impression (irrationnelle) que je n’accoucherai jamais !
Cette grossesse m’a paru durer des années car il était dans mon cœur depuis des années : j’attendais cet enfant depuis la
naissance d’Ellyn !
Samedi 3 octobre, Arnaud (le papa) a eu droit à une RTT. J’en profite donc pour décider que les filles reviennent à la maison pour le week end.
Vendredi soir, Fara (la sage femme) m’appelle : On doit ce voir le 5 pour la visite du terme, mais elle préfère me voire le jeudi premier octobre pour masser le col et ne pas être trop proche de la date du terme pour pas avoir de pression….ça me déclenche effectivement beaucoup de contractions…mais comme « d’habitude » elles finissent par s’espacer quand je me couche.
Vendredi soir, je tiens à remercier ma mère de me soulager en gardant les filles et en se mettant entièrement à ma disposition :
nous l’invitons au restaurant...
Samedi 3 au matin je vais revoir : elle me masse le col, il est moins postérieur qu’avant….Elle parle a Aaron…si ce massage ne suffit pas,
demain, on décollera les membranes ! Le massage du col, déclenche cette fois ci encore quelques contractions. Elle est contente car la poche des
eaux se bombe bien sous la pression. Cette fois le col est bien dilaté sur toute la longueur à 4 cm.
On se quitte en prévoyant de se revoir le lendemain pour un nouveau massage s’il ne se passe rien d’ici là. En partant les contractions continues, mais depuis 15 jours c’est comme ça alors j’y prête plus attention !
Je rentre retrouver mes filles, passe un petit moment sur le net, je partage mes « malheurs » avec les copinautes Aadeuses.
On mange avec Arnaud. Arnaud propose d’emmener noelie à son cours self défense (il est instructeur de self défense).
C’est la première fois qu’il l’emmène elle est ravie mais Ellyn est jalouse. Je lui propose qu’on aille faire une ballade en poney (comme ça me fera marcher)
Les contractions sont toujours là …le poney marche et moi aussi…je passe un bon moment avec Ellyn.
Ensuite nous partons rejoindre son père et sa sœur à carrefour : nous avions promis aux filles quelles choisirai un cadeau pour leur frère…et Arnaud veut m’offrir une montre pour cette naissance. On fait nos achat…je « marche un peu sur des œufs » mais ça va plutôt bien.
Arnaud offre un tour de manège aux filles, je m’asseoir sur le banc. Au moment de partir une contraction me prend, j’attends un instant qu’elle passe avant de me lever.
Noelie me regarde bizarrement, rigole, et me sort : « ho, maman, t’as bloqué ! »
Là je décide qu’il faut que j’appelle Fara pour l’avertir que depuis qu’on s’est quitté, les contractions n’ont pas cessées.
Elle me demande de passer chez elle en rentrant.
Arnaud rentre donc avec les filles et moi je passe chez elles :
Elle me confirme que cette fois, je suis bien en travail : Si j’accouchai en mater, on m’aurait gardé et annoncé une naissance avant minuit (il est 18h !). Je rigole : j’y crois pas vraiment : je n’ai même pas vraiment mal. Elle me dit de rentrer chez moi et de ne pas attendre la douleur car mon col est très mou dilaté à 6 cm voir plus si elle force un peu.
Je rentre à la maison, dans la voiture les contractions se rapprochent et commence à faire un peu mal. Ma mère me retrouve à la maison, on mange ensemble avec Arnaud et les filles.
Les contractions sont de plus en plus présentes, je suis obligé de m’arrêter dans ce que je fais pour souffler le temps qu’elles passent.
Ma mère part avec les filles, j’envoi un texto à Fara pour lui dire que je commence à « douiller » elle me répond « j’arrive de suite ».
Je suis surprise qu’elle arrive si vite : il n’est que 20h ! On s’est quitté il y a moins de deux heures….je ne réalise pas vraiment que c’est le moment que j’attends depuis si longtemps !
Arnaud est fatigué, il part dormir un peu, moi je prépare le matériel dans le salon : j’ai besoin de ça pour réaliser que ENFIN ça y est je vais accoucher !
Chaque contraction me coupe dans mon installation mais je suis bien et surexcité.
Fara arrive, on termine de bâcher ensemble le canapé et on se pose devant la fin du journal de 20h.
Je bois une tisane et attaque une boite de chocolats de puyricard…on papote ; on rigole…
Quand j’ai fini ma tisane, je me lève pour débarrasser et là….je fissure la poche des eaux.
Je me déshabille et installe des alèzes sous mes fesses. Fara regarde le col, je suis quasiment à complète.
Je n’arrive plus à suivre la télé…j’éteins, je mets de la musique : Norah Jones…j’aime tellement sa voix et puis c’est les CD que j’écoute quand je prends des bains ces derniers temps. J’aime l’ambiance de la maison avec la lumière douce et cette musique.
Je n’en reviens pas ! Fara propose que je réveille doucement Arnaud pour pas qu’il arrive « dans le feu de l’action ». J’ouvre la porte de la chambre et je marche un peu dans le salon sur les conseils de Fara pour aider la fin du col a passer la tête et terminer de percer la poche des eaux qui ralentie un peu la fin de la dilatation.
Ça marche : la poche se vide de plus en plus…et de mon coté je sens les contractions de plus en plus forte. Je vocalise aussi de plus en plus fort ce qui fini par réveiller Arnaud qui nous rejoint.
Je retourne à mon canapé avec lui mais là la douleur commence à me terrasser. Je perds de plus en plus pieds. Je n’arrive plus à me détendre ou à rire entre les contractions. D’ailleurs la douleur reste présente entre les contractions. Je cri, je gesticule, je me crispe à chaque nouvelle contractions.
Elles sont violentes, insupportables : je vomis une bassine entière.
Fara m’examine à nouveau…la naissance ne lui paraît plus si imminente…
Fara me propose du spasfon ou un bain : « ho oui un bain ! »
(Je pense à ma mère qui a accouché dans l’eau, ma sœur qui a fait son travail dans l’eau avec Fara il y a à peine 3 semaines…)
Je me précipite entre deux contractions dans la baignoire encore vide et je laisse couler l’eau bouillante sur mon ventre…c’est agréable…j’arrive enfin à me détendre entre les contractions.
Pourtant les contractions sont encore douloureuses mais ce n’est pas grave j’ai le droit a un peu de répit entre chaque. Quand elles arrivent je bouge instinctivement je m’appuis sur les bords, l’eau coule sur mon ventre. J’ai les yeux fermés je suis plus vraiment là. Je sens la présence de Fara et d’Arnaud dans les parages, ils se parlent, préparent des affaires mais je suis très loin d’eux…Je suis ailleurs…
Soudain une contraction différente : je me lève comme une folle à genoux et je pousse. Ça fait tellement du bien de pousser. J’ai encore les yeux fermé je dis tout haut « ça pousse».
Je sens la main de Fara sur mon périnée : elle me confirme qu’il arrive !
Quelle joie mais en même temps quelle frousse !
Fara me dit « on attend encore une ou deux contractions et puis on sort »
« Non, j’ai peur de sortir de l’eau »
Nous n’avions pas prévu un accouchement dans l’eau, Fara me dit alors
« D’accord mais comme on ne s’est pas préparer à ça je viens dans l’eau avec toi car il faut que ça aille vite. »
Je n’ai pas envie d’être à deux dans ma petite baignoire. J’ai besoin d’air et d’espace : Je bouillonne intérieurement.
« Non je sort ! »
Fara me propose de rester dans la salle de bain ou de retourner dans le salon.
Je veux aller dans le salon : toujours ce besoin d’espace et de confort. Moi qui avais peur d’avoir froid, je suis à présent hors de l’eau mais j’ai l’impression d’avoir du feu en moi.
Je laisse a peine le temps à Arnaud de m’essuyer sommairement, je part vers le salon. Arnaud tente de me soutenir pour m’aider à marcher, mais je trouve qu’il ne va pas assez vite : j’accélère le pas, je sens la pression sur mon périnée et surtout une nouvelle contraction qui arrive !!!
Je me jette à moitié à croupi sur mon matelas au pied du canapé, je laisse passer cette contraction, je pousse juste assez pour estomper la douleur.
Arnaud s’installe derrière moi sur le canapé et moi je reste une jambe à croupi une jambe à genoux sur mon matelas.
Une nouvelle contraction arrive : je pousse fort, Fara me dit qu’elle le voit arriver. Ça me donne du courage mais bizarrement j’ai besoin d’en être sûre : je demande à Arnaud s’il le voit. Il me dit oui : on voit sa tête.
Je mets ma main : effectivement : je sens sa tête et ma vulve qui s’étire.
Je pousse mais ça brûle…la voilà cette sensation de brûlure que j’ai tant lu dans tout les témoignages. Alors j’arrête de pousser…Fara m’invite à continuer de pousser !
« J’ai peur, ça fait mal ! »
J’ai besoin de m’arrêter un instant de dire cette peur que j’ai en moi depuis le début de mon projet d’aad : cette peur de l’expulsion, la peur d’être déchirée !
Mais on y est, mon bébé est là, je dois faire le grand saut : me jeter dans le vide.
Je repense au livre « j’accouche bientôt et j’ai peur de la douleur », Maitie compare l’accouchement à une rivière : pour atteindre la mer on a le choix entre longer les berges avec tous les obstacles qu’elles comportent (pierres, ronces, branchages…) ou se jeter au milieu là ou le courant est le plus fort. On risque de boire la tasse, mais c’est le chemin le plus rapide pour atteindre la mer.
Mon corps me rappel à l’ordre : une nouvelle contraction est là : Je choisi de me jeter au milieu du fleuve …. Je donne tout ce que j’ai ….je pousse sans m’arrêter en me suspendant au cou d’Arnaud derrière moi. Je ne sens même plus si la contraction est encore là mais je continue de pousser et je sens la tête sortir centimètre par centimètre. Je cri « CA FAIT MAAAAAAL »
Et puis la douleur se calme : la tête est dehors. Je profite de cette pose pour me détendre, je me relâche sur mes jambes. Arnaud à peur que j’écrase la tête de son fils en m’asseyant dessus !
Il dit « attention ne le tord pas ! » Je ne réponds pas…je ri intérieurement…je sais qu’il est là entre mes jambes, je le sens.
Une nouvelle contraction me reprend, Fara me demande de pousser encore. Je n’ai plus envie, je ne veux plus de cette douleur, mais il faut en finir, j’y suis presque, je veux mon bébé !
Je pousse à nouveau mais moins fort. Ça semble suffire, je sens les épaules passer doucement. je suis rassuré car c’est moins douloureux. Un dernière effort et je sens tout son corps sortir et cette sensation inoubliable de son petit corps chaud et humide sur mon ventre.
Arnaud regarde l’heure : il est 23H25. Fara ne voulait pas faire de pronostique, mais elle avait raison : il est bien là avant minuit.
Je suis dans un autre monde : fini la douleur : tout n’est que bonheur ! Aaron est là tout contre moi.
La suite n’a plus d’importance…délivrance, saignement etc.…le temps est comme suspendu je vis un rêve….certainement le plus beau moment de ma vie.
Merci Arnaud de m’avoir permis de vivre ça malgré ta peur, merci Fara de m’avoir accompagné et fait en sorte que cette naissance soit
si douce, merci mon bébé d’être toi.
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