La venue de Maé...

Bonjour,
J'aimerais vous faire partager le récit de naissance de ma fille Maé. Cette naissance qui était prévue à la maison, nous a mené vers d'autres territoires, nous faisant découvrir un tout autre univers... Bonne lecture, et n'hésitez pas à me faire part de vos impressions...
Cécile.

"De ta naissance ma douce..."


Il a fallu tout ce parcours, deux naissances... non trois, avant toi pour te mettre au monde et te rencontrer enfin. Ma fille. Maé, Nella.
Naissances de tes deux frères, 6 et 4 ans avant toi, deux aventures à la maison, passionnantes, qui m'ont faites mère, si différentes l'une de l'autre. Puis il y a eu petit être et le flot de larmes que cet enfant perdu a entrainé avec lui en cette année de deuil. Puis enfin t'attendre toi.
Ce que tu annonces Maé est un temps dénudé de regrets, comme une peau que tu demandes que l'on quitte. Avec toi, beaucoup de larmes s'en vont au loin, comme des pensées lourdes, pesantes de mélancolie, tu viens toi soleil balayer cette pluie, avec tout le contraste, et la peur qu'une telle mue/métamorphose entraine.
Ma fille.

T'attendre fut une joie, simple et évidente et tu m'a rendue belle tu sais, comme une lune. Chaque minute savourée à te porter, avec des appétits de caresses parfois fulgurantes. Ce voyage en Angleterre, la découverte de ce bois enchanté aux arbres millénaires, à l'énergie envoutante si bien que mon corps s'est emballé de vie. J'ai eu la sensation que ce lieu t'avait inspiré toute entière ma belle, que je t'avais invitée là-bas. J'ai aimé chacune de ces sensations t'attendant, et te voilà aujourd'hui.

Le doute.
Etrange, mais je n'ai jamais pu définir précisément la date de ta venue. Celle révélée par magie par l'échographie ne correspondait à rien, aberrante. Pour moi, tu devais naitre plus tard, 6 jours au moins... mais cette date ne fut jamais retenue... Dépassement de terme théorique + 1 donc, branle-bas de combat : que fait-on lorsqu'un bébé ne nait pas à l'heure ? Je ne m'étais jamais posée la question tant la réponse en moi était calme : t'attendre encore... je ne le savais pas précisément... je n'ai sans doute pas su tout à fait le dire, notre sage-femme et moi nous sommes alors si mal comprises... Un éloignement, qui m'a précipitée ahurit vers une entrée de force dans un protocole hospitalier. Début de l'alerte: rendez vous à la maternité des L., un premier monitoring de contrôle, analyse contradictoire, on nous renvoie chez nous, puis on nous rappelle... par précaution, il faut surveiller encore. Je découvre pour la première fois une salle de naissance, une maternité, et tout ce monde qui s'y organise ; je m'y sens terriblement seule, inquiète et déplacée. Et toi petit coeur, tu faisais des bonds au milieu de toute cette agitation, tu dansais dans mon ventre... Une tempête s'est levée, les capteurs ont oscillé... coeur qui « décroche », « le bébé puise sur ses réserves », « il peut y avoir souffrance fétal »... les phrase alarmantes s'enchainent, sage femmes, obstétriciens ne sont qu'une voix ferme qui résonnent à mes oreilles abasourdies: notre projet finit là, je ne repartirais pas chez moi, la naissance se doit d'être imminente. Principe de précaution... Te savoir en moi sereine, alors que le monde autour à commencé ce jour à trembler, te pressant de sortir, car les signes pour eux, étaient alarmants.
Personne ne m'a entendue alors, et je suis restée seule, sans prendre le temps de dire adieu à ce ventre, cette terre que j'ai adorée porter.

Je n'arrivais pas à voir cette naissance, j'ai dit dès le début qu'il fallait maintenir toutes les portes ouvertes, jusqu'au bout. Mais je ne m'étais jamais imaginée cette fin- là : ce piège presque si banal qui veut que l'on « force » un enfant à venir au monde, motivé par le doute, sans réponse aucune, poussé par la peur, de sorte qu'elle seule face reflet désormais, et que derrière cet écran ne disparaisse cette femme-là, cet enfant-là, dans cette histoire-là et tout ce que ce couple emboité peut exprimer alors.

Tracé du monitoring... décrochage. Où étaient ces mains qui sur mon ventre auraient aussi senti la vitalité de mon bébé, nous auraient rassurées et accompagnées jusqu'en ces murs ?
C'est cette injustice que j'ai ressentie avec rage ; que la décision n'avait pas été prise en fonction de moi, de nous, qu'elle s'inscrivait dans des paramètres, des facteurs risques, et un protocole répondant au plus vite à ce qui émergeait pour eux de la situation. Pas de moi, de nous, de mon histoire jusqu'à cette enfant, si sereine aujourd'hui encore. Quelle étrange tempête.

J'appelle au secourt Viviane, ma fidèle alliée. Lorsqu'elle m'a demandé si toi et moi nous étions prêtes à faire ce chemin-là ensemble, nous avons toutes les deux dits oui. Si loin de ce que nous avions préparé et pourtant d'accord...
ET de rage aussi au souvenir des paroles du gynécologue et de la sage-femme m'annonçant la fin, presque l'interdiction de notre projet à la maison. Sans révolte alors, comme anéantie de leur doute, sans appel, me laissant seule, sans possibilité de fuite...

Quel tableau compliqué que celui-ci. Tout ce chemin, où chaque pas fut nécessaire pour retrouver une harmonie, un sens afin de mettre au monde NOTRE fille. Ce chemin-là.
Sans lui, sans ce corps qui sait d'instinct enfanter, et ce dans n'importe quelle condition, je le sais aujourd'hui, une autre histoire ma douce, je n'ose imaginer. J'ai vu mon ventre en merci, ouvert, comme une « «salvation », la fin logique de cette mise en marche si je ne trouvais pas par n'importe quel moyen, un sens, le mien, à ta venue ici, en ce jour.

Surprise. J'ai pensé plus tard voir en toi se manifester ce jour, le choix que tu aurais fait de ta propre naissance. Autre monde, tu es là, si forte, d'un visage qui s'illumine à tout, rien dans tes yeux ne me dit, ne me rappelle ce qui finalement appartient aujourd'hui au regret. Tu m'apprends cela chaque jour. Tu es là, sans regard en arrière. Là maintenant.

Précipitation incontrôlée, chaque centimètre, chaque geste négocié. Il me semblait connaître tout le protocole depuis longtemps, expérience puisée dans tout ces récits de naissances. Je calculais parfaitement le scénario à venir, étrange familiarité qui m'a permis d'ordonner un peu ce qui allait se passer... Et j'ai tout négocié. Le temps tout d'abord: ralentir. Je suis partie chercher toutes les affaires pour mon nid : lampe, huile, eau, lunettes... Me séparer de mes grands, leur montrer mon visage souriant, ne pas pleurer, être en marche, ne pas penser... nous sommes revenus à la maternité ton père et moi trois heures après et nous avons planter là le décor tous deux hallucinés.


Entré en terre de codes où le langage quotidien reflète la technique des corps. Je me suis demandée alors qui avait conçu cette pompe à ocytocine, qui en avait défini les paramètres, la puissance des doses, la forme de la molécule... Car il a fallut que je devine tout, sans aucun guide, que je comprenne chaque étape, « qui varie d'une femme à l'autre », que j'intègre tout ce processus, et l'accueille en moi comme le miens pour ne pas me voir sabrer en deux et que l'on t'arrache de moi.

Je retiens ferme que les doses d'ocytocine censées me « réveiller » sont sur une échelle de 12. Alors que cette longue montée fut infinie, plus tard, j'atteindrais 9.4 et l'incontrôle. Echelle de 12... Qui atteint ce sommet ?

MAAAAOOOIIIIIIIII uuuuuuuuuuuuuuRRRRRRRRUUUUUUVVVVVVVAAAAOUAAAhhhhh
ça marche toujours? Il est quelle heures ? C'est long... On est à combien ? Où est ce que j'en suis ? Ça bat toujours ?... Non ! ça s'est arrêté, pas de signal, ça passe pas... serrer les sangles... c'est régulier maintenant ?... C'est long... Dormir.
MmaaaaaaaaaaaoooooooooouuuuuuuuuuuIIIAAAIIII RRRRRRRRUUUmmmmmmAAAAAAA

Je me suis coulée au rythme de l'ocytocine. Réveil artificiel, à peine croyable, hallucinant. Capteur sanglé autour du ventre, machine muette mais clignotante. Avec cette phrase de Jacqueline en figure de proue: « dormir, tout lâcher entre chaque tempête, car c'est à ce moment que le corps s'ouvre et que la naissance avance... »
Dormir, vide, dormir, chasser ce mot qui me barre les yeux: « c-section », ne pas avoir peur, fermer les yeux le plus possible, te porter à la lumière mon bébé, te dire la joie de te voir bientôt,
Y CROIRE.
Dormir, vide, interroger chaque perception de ce corps que l'on réveille, mais qui reste obstinément muet et sourd. Chercher les mains de mon homme, nous voir ébahis si loin de chez nous, nous retrouver ensemble. Y CROIRE malgré tout, et s'engouffrer dans ce chemin, sans regret, sans question, maintenant.

Attente.

Réveil imperceptible du corps à un rythme qui semble se dessiner enfin, puis repart et se dilue aussitôt...

Attente.

Se dilue aussitôt...

Mon corps doit s'adapter à quelque chose qu'il ne mesure pas. Je suis perdue.
Se concentrer là, se recueillir dedans... Je décide alors d'être mouvement : j'irais chercher ce rythme, le ferais grandir coûte que coûte. Changement de barre et nouvelle approche : Jacky me masse certains points en acupression, ce qui me donne en placébo l'impression intime de trouver moi-même le chemin du réveil, me fait m'emparer enfin de cet instant. Il me faut comprendre, suivre, explorer tout, pour ne pas me laisser faire. Passive.
J'essaye toutes les positions et découvre ébahie que le décubitus dorsal stimule et prolonge ces petits soubresauts naissants. Assise sur un ballon, les pieds ancrés dans le sol, j'attends, puis quand vient la vague, je décolle de terre, je creuse et vais chercher chaque recoin de cette sensation pour la retenir. En temps normal, le corps n'a nul besoin d'aller chercher un rythme, il nait et se crée peu à peu, cherchant des mouvements d'harmonie, d'évitement et d'appui. Ici, c'est tout le contraire. Ses contractions « artificielles » me font dire que je les vis à l'envers, elles se déploient exactement en sens inverse de celles qui me sont connues, et qui furent miennes, naturellement lors de mes deux autres accouchements...
J'adopte alors des positions qui m'auraient été insupportables naturellement, il me faut aller contre mon instinct, chercher à réveiller sans cesse quelque chose qui se dérobe et ne se déploie pas en moi, se casse, vient frapper, puis se dérobe.
Contraction, je connais si bien ces courbes... rien ici n'adopte cette géométrie. M'adapter à quelque chose que je ne mesure pas... encore, bientôt. Quels méandres ! Je me demande si j'arriverais à en comprendre la logique avant d'être totalement épuisée. Je ne fais que tâtonner, ébahie que personne ne réponde à cette simple question : mais comment cela marche-t-il ? Pompe, paramètre, synthèse... et aucune réponse ?

Il est 11H30. Une naissance vient d'avoir lieu, intimidante, pleine de cris et de fureur, une femme vient d'accoucher de l'autre coté du mur, derrière la porte. Impossible d'échapper à ce voyeurisme sonore magnifique de rage mais qui me plonge, moi, dans un profond désespoir, face à mon corps perfusé que rien n'éveille, malgré mes efforts de contorsionniste, aucun rythme ne dure, le temps m'échappe, je vis je crois les heures les plus longues de ma vie. LABYRINTHIQUE.

Nous décidons de fissurer la poche des eaux « qui pourrait faire avancer le travail ». Je crois que j'aurais tout accepter alors. Pour que tout s'accélère. Adieu ma bulle. Audrey a des gestes d'une infinie délicatesse. Le liquide chaud coule entre mes jambe et me détends. Tu deviens physique. C'est bon. Je saisie à nouveau la géométrie du processus : en bas, je palpe, visualise et me tend en bas. Tout coule, des flots et des flots, et ce jusqu'au bout de la naissance. Jamais je n'aurais imaginé autant d'eau en moi. Une mer infinie t'aura bercé mon bébé.

Dose d'ocytocine à 6 – Je ne creuse plus : enfin les sensations montent, sans que mon corps ne cherche à les déployer. Je retrouve mes repères, des mouvements de danse qui accompagnent ou repoussent la sensation, la douleur m'ouvre enfin.
Je me rends compte que je suis arrivée en terre connue, et que j'aime ce combat. Oui, j'aime être là, vivante. Cette terre est mienne, et je suis surprise de retrouver même là, ces sensations farouches que mon corps chante.Troublant, et quelle force, même là, il sait chanter ! ESPOIR.

Chaque mouvement est la traduction subtile de ce qui me traverse, chaque millimètre doit être calculé, sentit, palpé, sans entrave afin que la douleur se déploie pour mieux s'échapper. Tout est en éveille, sauf le regard, yeux que je garde obstinément fermés. Le volume de la pièce m'est mal connu, la perfusion m'imposant un périmètre, je réduit donc au minimum l'espace nécessaire autour de moi, calculant chaque appui possible. Jacky intervient beaucoup, ses mains m'accrochent, me retiennent, me poussent. J'arrache ce monitoring qui je m'en rend compte empêche toute descente de mon bébé.

Ocytocine à 9.4 - Je suis en terre noire, chaque personne présente s'intègre à mon expression, les mots me sont imprononçables. Sur mon visage, je leur cris que la limite est là, atteinte. Je suis incapable de dire quoi que ce soit, sauf ce rictus qui me déforme les traits. La sage-femme qui s'approche me demande de respirer par le nez, puis souffler par la bouche ou l'inverse d'ailleurs, je ne sais plus... Ses mots n'ont aucun sens pour moi. Je me demande intérieurement si personne alors ne voit mon visage se déformer, qu'il faut arrêter là, tout de suite. J'articule, comme un ordre : BAISSES, je veux que tu baisses !
Elle redescend alors le taux d'ocytocine à 6 immédiatement. Je retrouve l'apesanteur, en moi à nouveau. Seule, avec mon compagnon, je prends quelques minutes pour voir. Pénombre, au coeur de la nuit, silence. Dans une autre salle, l'équipe s'affaire. Changement d'horizon, je me mets debout.

Il doit être 4 heures.
Je me demande alors où mon corps en est. Je crois avoir entendu dilatation à 3-4, quelques minutes plus tôt...
Et mon bébé ? Est-il loin ? Ma main explore et voit, presque en tableau, tout un univers : mon col très souple, une membrane que je repousse, ce col juste derrière qui dessine un petit cercle, puis la tête de mon bébé là, juste là, qui vient. Que je cherche à caresser, d'instinct, à appeler aussi, au creux de ma main. Instant magique, aussi vif qu'une peinture, en dehors du temps. Magnifique.

Alors tout s'accélère. Je sais que le bébé n'a presque rien à franchir. Je me redresse, j'aimerais vomir, déféquer. D'immenses sensations de poussées m'envahissent. Je demande à Jacky de plaquer sa main, retenir de toute sa force mon périnée. C'est trop tôt, je le sais si bien depuis la naissance de Louca ; je veux reprendre mon souffle, trouver le bon axe, me retenir à la terre. Debout, en appui contre le lit, mon périnée s'enfle, je dis que le bébé vient, qu'il arrive. Deux contractions, je pivote d'arrière en avant, en appui sur la gauche afin de laisser passer entre les lèvres, que j'écarte doucement de mes propre doigts la tête de mon bébé, surprise qu'aucunes mains ne m'accompagnent, je ne sais pourquoi... Rien ne brûle, je n'ai pas peur, mes doigts écartant les lèvres semblent dessiner l'espace, je ferme les yeux, je vois tout de mes mains. La sage-femme entre, je lui agrippe les épaules, ma main retenant la tête de mon bébé, Jacky me sout enant. Nouvelle contraction que j'attends « Tout va bien, il arrive ». Le corps entier jaillit. Sur mon corps à nouveau, au creux de mon bras, la peau de mon bébé chaude et vive, collante, de cette odeur si particulière, cannibale. Je m'assois temps bien que mal sur le lit qu'Audrey tente de régler à nouveau. J'ouvre les yeux, je vois sous ce drap blanc le cordon, puis enfin, notre fille. Ma fille. JOIE. « Tu es là, tu es vraiment là ». Je ne t'ai pas entendue crier, je n'ai pas eu peur, tu as pris ton pousse instantanément, suçant tes lèvres comme tu avais du le faire dans mon ventre pour te rassurer, et nous nous sommes regardées... VICTOIRE ma belle!

Autour, Audrey s'agitait, préoccupée par le placenta, le sang... Un bourdonnement monte, une impatience menaçante. Je connais ce temps-là, presque par coeur, je tante de rassurer tout le monde, que j'ai besoin d'un peu de temps, pas longtemps pour moi, à te regarder... Mais l'agitation ne cesse pas. Alors je les interpelle, ils semblent tous vouloir faire à ma place : tirer, appuyer « ça coule, il faut arrêter !, ça saigne encore... » Je finis par dire «  donner moi du sucre, j'ai besoin de sucre, et j'ai froid, il faut attendre, tout va bien, faites-moi confiance, il me faut quelque chose pour me remonter... ». Je me serais damnée pour un café, des croissant chauds... Il était 4 heures 15 du matin. Mais rien, ils n'avaient absolument rien à me donner, sauf de petites dosettes de sucre en poudre...
Merci mon amour d'avoir su me donner toi, ce petit réconfort : un Mars et ça repart – j'ai avalé le paquet d'un coup, pathétiquement trouvé dans le distributeur de l'entrée de la maternité. Il n'y avait rien d'autre !!

J'ai été surprise de voir des hommes et des femmes s'agiter à faire, alors qu'il suffisait de m'aider, ébahit d'avoir à leur dire moi, que je n'allais pas me laisser « partir » : je venais de mettre au monde mon enfant!. Toujours cette peur qui les tenaillent, jusqu'au bout, les aveuglant et fait qu'ils n'essayent pas de me solliciter, soutenir la force, la vie en moi en cet instant...! Le placenta fait partie intégrante de la naissance, mon corps le sait et ne se relâche pas avant. Le sang perdu ne m'a jamais fait peur, je sais que j'en perds beaucoup. Mais personne alors n'a vu que la priorité était de m'aider moi à rester éveillée, et tenir jusqu'à la fin. Au lieu de cela, il m'a fallu rassurer, calmer l'agitation... Leur proposer même de bouger, afin d'aider mon corps à surmonter cette étape : « votre utérus madame n'est pas verticale, mais horizontale. Bouger ne servirait à rien, on ne saurait pas si l'hémorragie s'est oui ou non résorbée... 
Et l'apesanteur ??...
Je suis restée sans voix : révision utérine obligatoire. On me prévient que : « la tête du bébé va passer à nouveau »; information précieuse, indispensable même pour moi. Le savent-ils seulement ? Gestes inutiles, aberrants, que je veux engloutir dans ma mémoire et qu'il est si douloureux encore aujourd'hui de refermer.

Durant ces heures, pas une fois le coeur de mon bébé n'a oscillé négativement, lui aussi a traversé cette tempête, vaille que vaille et sans doute.

Puis le calme, enfin, et les trois heures protocolaires d'attente post-accouchement, passage dans un autre univers, celui de la descente dans les étages inférieurs...

Rouge. Dans la salle désertée : du sang partout, sur les machines, le sol, les draps, les jambes de mon homme, ses mains, mon corps tout entier. À la maison, Viviane m'avait parlé d'un tableau magnifique, ici, c'est vrai qu'il fait peur.

Puis là, à se retrouver comme en dehors de soi, incapable d'atterrir, épuisée et affamée. La lutte encore pour rentrer à la maison. À mes cotés, une jeune femme césarisée qui tente de se relever devant toute la famille qui la regardait... comme une scène de théatre; puis une jeune maman et son bébé, dormant des heures, immobiles tous groggys de péridurale.
« Un sein toutes les dix minutes, une tétée toutes les heures, la mousse en premier, puis l'eau... ». Je suis une « tri-maman » heureusement, on me laissera tranquille et j'échapperais à toute leur mélodie pour jeune mère avec un simple sourire... Smile. « Oui oui... »
24 heures éternelles.

Home, se retrouver, dormir et te découvrir à nouveau. Ma fille. La famille enfin unie, tes frères te léchant de bisous, refermant peu à peu pour la faire presque disparaître, cette parenthèse, ce chemin de détour.

Naissance déclenchée. Aurions-nous pu l'éviter ? Je le sais oui. Et c'est presque un travail de deuil, recomposer l'histoire, intégrer ce qui a pu motiver tout ce doute, ce jour qui ne fut pas le tient, que je dois refaire afin de te transmettre, sereine cette fois, l'histoire de ta naissance ma fille. Il y a aussi l'écoute des autres, pleine de crainte face à ce qu'ils imaginent de la douleur, et qu'il faut rassurer donc, démonter les idées reçues, lorsque ce tabou peut être approché et parler de ce qui a vraiment été vécu.

Ces mots que tout le monde me dit et qui résonnent étrangement en moi: « Félicitation !! Garçon ou fille ? Ça s'est bien passé ? » « Très bien oui merci! » est ma réponse, le regard fier, presque de défit. Et à chaque fois, je m'interroge à nouveau: « Vraiment? Tu le crois? »

Dans quelques jours, je recevrais le dossier médical, choc prémédité je le crois. La raison de tous ces questionnements sur cette naissance précipitée ? L'envie tout d'abord de l'ancrer en moi et d'en comprendre chaque seconde, de comprendre et me remémorer chaque sensation, chaque sentiment. Cette mise au monde est plus compliquée, car elle me demande d'intégrer plusieurs sources, plusieurs acteurs et influences. Or, il me faut à moi savoir les esquisser à nouveau de mes propres mots, si un jour, comme pour tes frères, je veux te raconter ma douce l'histoire de ta venue comme une épopée, un défit, qu'ensemble bella nous avons écris.

Ma lune.
Ta maman.
Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 17:01
- Par Delphine D.Sainsimon - Publié dans : Témoignages
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Quelle épopée en effet. Bienvenue à Maé qui a menée sa maman sur de nouvelles terres.

Frédérique
Commentaire n°1 posté par Frédérique le 21/11/2009 à 22h24
Parfois, il faut aussi accepter quand les choses ne sont plus de notre maitrise.
heureuse pour vous que votre petite fille soit en vie malgré les troubles du rythme cardiaque foetal, et heureuse pour vous que l'équipe médicale ait limité surement une hémorragie qui vous aurait pu etre fatidique..
Le vécu n'est certes pas idyllique mais la fin heureuse ne justifie-t-elle pas les moyens?
juliette
Commentaire n°2 posté par juliette le 22/11/2009 à 13h16
Une fois entrée dans une maternité, les dimensions ne sont plus les même: dimension du temps, du risque, de la fatigue, de la quantité de sang... Je ne sais pas si j'ai eu de la chance, tout comme l'equipe technique d'ailleur, car les raisons du décrochage vu au monitoring restent sans explication, et j'ai perdu à proximativement autant de sang à l'hopital avec révision, qu'à la maison, au calme et sans complication: soit moins d'un litre. Alors hémoragie?, problème cardiaque?. Je ne peux m'empécher de penser que parfois, il suffit d'un controle de routine vécu dans le stresse, pour créer un désordre dans cette alchimie fine de la naissance...
Cecile
Commentaire n°3 posté par Cécile le 22/11/2009 à 21h08
très beau récit émouvant qui m'a rappellé beaucoup de souvenirs dans le même genre...
Commentaire n°4 posté par Perrine le 14/02/2010 à 23h30
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés