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"Naître Chez Soi"
30 avril 2009
J’accompagne Anaëlle au bac à sable, il fait beau, et j’ai hâte de te rencontrer. Les assistantes maternelles plaisantent : « Alors, encore là ? Vous savez on vous surveille ! Si vous n’êtes pas là lundi, on saura pourquoi !!! » Et moi, d’ajouter : « Le 1er mai, c’est une jolie date pour naître, c’est sympa de ne pas travailler le jour de son anniversaire ! » S’ensuit une discussion sur cette jolie date... En plus, demain, premier mai est le premier jour d’un week-end de trois jours, m’assurant la présence de ton papa...
1er mai 2009
8h : Je me réveille doucement. Depuis quelques jours, ta sœur se réveille plus tard et nous laisse le loisir de dormir un peu le matin. Il fait un temps magnifique et je me dis en moi-même que c’est une belle journée pour accoucher. Je ne sais pourquoi, je sens qu’aujourd’hui est un grand jour.
8h20, j’ai vaguement mal au ventre, je perds un peu de bouchon muqueux. Je vais réveiller doucement ton papa lui disant qu’il fait beau, que je pense que c’est aujourd’hui que je vais accoucher et que j’aimerais que nous allions nous balader sous ce beau soleil avec Anaëlle. Il me demande si j’ai des contractions, je lui réponds que non, mais que je sens que c’est pour aujourd’hui.
Je passe sur le forum et écris : « je crois que j'ai perdu un peu de bouchon muqueux ce matin, et je trouve ce WE idéal pour accueillir petit bébé... on verra s'il me donne satisfaction... Tout est prêt : prénom choisi pour un garçon, et pour une fille, ça se dessine... doucement !! Mais avant de choisir un prénom de fille, il faut, je pense, qu'on soit certains d'en avoir une... depuis 8 mois et demi, nous sommes persuadés que c'est un garçon ! Sauf Anaëlle qui a toujours dit que c'était une sœur... J'ai hâte ! »
La matinée passe, je prends un bain, ai un vertige en en sortant, me repose un peu et ton papa vaque à ses occupations.
11h : Rien ne se passe. Nous sommes toujours là, j’ai toujours cette envie de me promener en famille mais ton papa n’a pas saisi l’importance de cette demande. Il traîne et je me mets dans une rage folle. S’ensuit une dispute suivie d’une courte promenade qui me permet de déverser toutes mes angoisses quant à ta venue et son rôle de papa. J’ai très peur de ne pas « assurer » et ai besoin de savoir que je pourrai compter sur lui les jours et mois prochains...
12h30 : Nous déjeunons, je glisse dans la conversation que c’est aujourd’hui le 1er mai, jour du muguet... ton papa a l’habitude de m’offrir des jolies fleurs à cette occasion, mais aujourd’hui, je sens qu’il ne pourra le faire à la dernière minute comme les autres années...
14h : Anaëlle est couchée pour la sieste. Nous nous installons comme nous aimons le faire devant la TV pour regarder une série américaine. Aujourd’hui, c’est Desperate Housewives... nous ne verrons pas la fin !
14h20 : Une contraction. Plus de doute cette fois,... elle est là, douloureuse, si présente... Je l’annonce à ton papa. Il s’anime : « Qu’est-ce qu’on fait ? On installe le matelas ? On appelle S. ? On réveille Anaëlle ? ...
- Chéri, j’ai eu UNE contraction ! Du calme ! On va attendre un peu, voir si ça continue... »
Ma maman m’appelle, elle veut savoir comment je vais, si je vais accoucher aujourd’hui. Intimement convaincue que oui, je lui dis que pour l’instant, RAS... je suis toujours très prudente envers mon ressenti, je n’ai pas l’habitude de me faire confiance...
Au bout de trois contractions à 20, puis 15, puis 10 minutes d’intervalle, je décide d’appeler L. pour la prévenir que l’on risque de lui amener Anaëlle à son réveil de la sieste... j’imagine même le faire à pieds, pensant que ça me fera du bien de marcher.
Matthieu note l’heure des contractions avec beaucoup d’application, il a besoin de cela pour garder son calme. Il m’accompagne grâce à l’haptonomie.
15h30 : Anaëlle se réveille, nous lui expliquons que le bébé va arriver, que j’ai besoin de calme et que papa va l’emmener chez L. Les contractions sont de plus en plus fréquentes, de plus en plus douloureuses et Matthieu doit gérer Anaëlle. Il essaie tant bien que mal de continuer à faire l’haptonomie mais ne parvient pas à se partager. Les contractions se rapprochent, je décide d’appeler S. Elle est en pleine séance d’accro-branches avec ses enfants et m’annonce 2h15 de route. Lorsqu’elle me demande si elle doit partir tout de suite, je lui réponds qu’elle peut attendre un peu, mais que je pense que c’est pour aujourd’hui.
16h : Matthieu rappelle L. qui lui demande s’il peut déposer Anaëlle vers 17h. Il n’ose pas dire que ce serait mieux avant et s’attend probablement à un travail un peu long...
16h30 : Les contractions se rapprochent toujours, je dis à Matthieu de rappeler S. Je décide de prendre un bain, et les cris d’Anaëlle me dérangent. Je somme Matthieu de l’emmener,... difficile de la convaincre de quitter la maison. Elle a peur, je pense et le fait sentir par des exigences et des cris exaspérants.
16h50 : Matthieu appelle S. pour lui annoncer que les contractions sont maintenant à 5 minutes d’intervalle. Elle part pour 1h30 de route. Entre temps, elle a pu s’arranger pour faire garder ses enfants et a tout son matériel dans sa voiture...
Matthieu et Anaëlle quittent enfin notre appartement et je passe sur le forum annoncer que j’ai mal, qu’Anaëlle est partie et que je vais enfin pouvoir profiter du calme. Je fonce dans mon bain et c’est là que tout commence vraiment... les contractions sont d’une violence incroyable, je ne me souviens pas de tant de douleur lors de l’accouchement d’Anaëlle, il faut que je parvienne à les accompagner, à me relaxer comme je l’ai si bien fait une fois déjà... J’essaie de plonger dans ma bulle, tout en déplorant que Matthieu ne soit pas là. La première fois, j’étais toute seule et j’avais réussi à accompagner cette douleur... Mais là, ce n’est pas pareil... j’avais prévu la présence de Matthieu, que ses mains seraient là pour t’accompagner...
Alors que je parviens enfin à me détendre et à accompagner les contractions lors de leur montée et de leur descente, je sens une soudaine envie de pousser...
Tout se bouscule dans ma tête... Il ne faut pas que je pousse, il ne faut pas que tu sortes, pas ici ! Pas maintenant ! Je suis seule, dans mon bain, je risquerais de te noyer sans accompagnement...
Alors je ne sais comment, je ne sais où je trouve cette force, je sors du bain, file vers la chambre, prends les serviettes prévues pour t’essuyer, retourne vers la cuisine pour les mettre au sèche linge et finis par gagner le dernier lieu de ce très court travail : mon ballon. Je m’installe dessus et ne parvenant à utiliser aucune des techniques apprises lors de mes cours de préparation à l’accouchement, j’accompagne ta descente en jouant du bassin et en chantant des sons venus du plus profond de moi, que je ne savais pas pouvoir produire.
C’est ainsi que ton papa me trouve en rentrant vers 17h40. Il porte son brin de muguet... le pose sur mon bureau et commence à s’affairer, comprenant que le temps est compté. Son arrivée m’apporte calme et sérénité. Il est là, tu peux venir maintenant, il va t’accueillir... Il installe le matelas, les draps, la bâche, les draps (encore...), les alèses. Entre deux contractions, je parviens enfin à redescendre de cette douleur et je peux lui parler, avec une facilité qui me déconcerte moi-même. Je lui demande de rester zen, je lui dis que les serviettes chauffent, mais que quand je lui dirai que j’ai envie de pousser il faudra qu’il coure éteindre la machine pour que la sécurité de la porte se désactive avant ta naissance. Il s’apprête à changer les draps de notre chambre, mais je lui dis que non, qu’il doit rester avec moi maintenant, que j’ai besoin de sa présence. Il me prend dans ses bras, accompagne les dernières contractions et je lui annonce que ça pousse... Il m’aide à descendre du ballon, m’enlève mon peignoir, me propose de me coucher sur le côté, non, je veux rester à quatre pattes. Il s’apprête à courir éteindre le sèche-linge, je le retiens, j’ai besoin de lui pour cette dernière contraction. S’ensuit un calme et une absence de douleur intense, qui dure... le calme qui précède l’ultime effort. Le sèche-linge est éteint, il revient... et tu viens... Je sens la poche des eaux se rompre, je crie : « Il sort ! Matthieu, la tête sort ! » Je le sens qui s’éloigne... Mais qu’est-ce qu’il fait ??? et alors que ta tête me brûle la vulve en sortant, je l’entends : « S. ? J’ai la tête dans les mains... J’appelle le SAMU ? » Je hurle... je veux lui crier : « Mais ça va pas ? Tu veux qu’on finisse à l’hôpital ???? Après tous ces efforts ???? » La dernière contraction m’interrompt, elle me déchire et je reprends mon cri de femme accompagnant le corps de son enfant vers la vie...
S. est là, rassure ton papa. Elle t’a entendu crier, Tu es né !
Elle raccroche, il faut qu’elle se concentre sur la route. Je me jette sur le matelas pour t’accueillir sur mon ventre, toi, mon enfant. Ton papa t’essuie, nous couvre, et nous nous regardons. Il me dit : « Je crois que c’est un garçon... euh ! pardon ! » Il ne m’a pas laissée te découvrir, mais quelle importance ! Sa voix vaut 100 fois ma vue... Il m’embrasse, nous embrasse, il pleure. Je pleure, c’est tellement beau ! Nous sommes là, tous les trois, et nous savourons ce calme qui nous accompagne.
S. rappelle. Elle demande à Matthieu si je saigne. Sa façon de me scruter et de répondre me font rire... « moui, y a un peu de sang... » tout en dodelinant de la tête pour ne pas louper quelque chose... S. comprend que je ne saigne pas. Tout va bien. Elle peut continuer sa route et arriver.
Les 20 minutes qui suivent sont merveilleuses. Nous trois, chez nous, personne autour, juste nous... Ton papa nous prend en photo. Il prend même tes parties génitales pour me les montrer, nous ne voulons pas te décoller de moi. On efface tout de suite la photo... rien de bien poétique !
18h25 : S. arrive. Tout va bien, elle nous découvre, tous les trois dans ce calme si serein. Elle nous annonce que tu es né à 18h03... les portables ont enregistré l’heure !
Au premier regard, tout va bien. Le cordon ne bat plus, ton papa le coupe. La délivrance se fait, je pousse, c’est douloureux... Délivrance, quel nom juste ! Je suis un peu déchirée, un centimètre à peine, de manière superficielle. Nous décidons de ne pas faire de point, la déchirure cicatrisera naturellement.
Tu nous découvres, nous te découvrons, puis tu tètes... ouille ouille ouille... les tranchées sont vraiment douloureuses et me rappelleront durant 48 heures les douleurs de l’enfantement !
Nous passons les heures qui suivent à savourer chaque instant, à revivre ensembles ces heures si intenses...
Nous avons finalement du mal à nous décider pour ton prénom, les derniers doutes nous assaillent. Lequel choisir ? Les deux derniers restant sur notre liste sont nos coups de cœur... De
toute façon, S. n’a pas ses papiers, ils sont restés chez elle et au cabinet... nous attendrons demain pour officialiser ta naissance. En attendant, nous réfléchissons... S. s’en va vers 22h vers
un autre accouchement, sa nuit sera longue...
Anaëlle frappe à la porte, nous devons choisir ton prénom, te présenter à ta grande sœur : tu es Abel, premier et dernier prénom que nous avions choisi... mais c’est une autre
histoire !
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