Nous l’appelions Graine durant la grossesse, et n’avions pas souhaité connaître à l’avance son sexe. Il est né le 18 novembre chez nous.

 

Depuis début novembre, des contractions m’empêchaient de dormir, environ une nuit sur deux, j’étais fort fatiguée. J’en avais assez, mais j’essayais aussi de profiter de cette fin de grossesse. Je me demandais quand Graine arriverait. J’espérais qu’il viendrait plus tôt au Rendez-Vous.

Les affaires que ma sage-femme a demandées sont prêtes, ou presque, dans une caisse notre chambre. Mon mari, Manu a installé une armoire dans la chambre de Mélissa, pour récupérer la table la langer, qu’il a placée dans notre chambre. Mais il n’y a pas encore le berceau… il est encore dans le grenier.

 

Le samedi 15 novembre, on décide de partir voir la neige dans les pyrénées. J’en avais vraiment envie, de voir en vrai ces paysages enneigés, d’en profiter car cela ne sera pas possible avec bébé pendant longtemps. Les sommets enneigés nous narguent de loin, on les aperçoit de chez nous par beau temps, alors allons-y ! Nous partons en fin de matinée en Ariège. Les enfants s’en donnent à cœur joie en luge. Le temps est magnifique, la neige belle. On respire l’air de la montagne. En redescendant, je sens une belle grosse contraction. Nous sommes à 1h30 de route de chez nous. Je me dis que si c’est le jour J, on aura le temps de rentrer et d’appeler la sage-femme. Mais il n’y eu que cette contraction. Ce n’est pas le jour qu’a choisi Graine pour naître. On mange de la pizza et des glaces. Je suis fatiguée.

 

Le lendemain, la journée se passe alors que Manu est avec des amis à midi. L’après-midi, j’emmène les enfants au bois à côté, ils jouent sagement jusqu’à la tombée du jour.

 

Le lundi, après encore une nuit à mal dormir, je me repose le matin sur le canapé et j’ai longuement une amie au téléphone. On parle de notre projet de naissance à la maison, de comment on s’était préparé. Elle aussi attend un bébé, pour Noël ! cette petite fille naîtra à la maternité. Je lui dis que je suis pressée que Graine naisse, que sans doute je vais aller me promener ou faire quelques courses. J’avais envie d’un flan aux pruneaux et il me manquait un ou 2 ingrédients. Je lui explique que les sage-femmes ont prévu de venir le lendemain mardi en fin de journée en repérage… Après cet appel très sympathique, je décide de partir faire des courses. Je prends même un pack de lait, et la caissière est très gentille et me le met sur le tapis, puis le remet dans mon cadie.

Je déjeune, j’essaie de me reposer, je prépare le flan. Mmmm ça sent bon dans la maison. J’attends la visite de mon accompagnatrice à la naissance. On discute tranquillement, nous ne pensons pas avoir besoin d’elle au moment de la naissance, nous avons confiance. Moi j’espère que ce sera la nuit, que les enfants dormiront, ou seront à l’école. Je me sens détendue. Elle me dira plus tard qu’elle m’avait sentie « lâcher prise » ce jour-là.

Pendant qu’elle est encore là, Manu rentre tout fier avec des bandes de plâtre. Nous avions enfin de quoi faire un moulage de mon gros bidon.

Lorsque je vais chercher les enfants à l’école, j’ai certes des contractions, c’est dur de me déplacer, mais je suis enjouée, je discute avec plus de parents que d’habitude, je suis sereine. J’inscris les enfants au centre de loisirs pour le mercredi, car cela leur fait plaisir.

 

Le soir nous n’avons pas fait le moulage de mon gros ventre finalement. J’ai froid, suis fatiguée. Nous rangeons des affaires dans le bureau. Nous avons la flemme de faire ce moulage, et pensons pouvoir le faire plus tard. C’est curieux, hein? C'est que cela ne devait pas se faire...

 

Dans la nuit, à 1h30, je sens une petite coulure, en fait des glaires. Je me recouche. A 4h30 plus grosse coulure, franche, et cette-fois-ci teintée, accompagnée des fameuses contractions. Elles étaient régulières. Je gère en essayant de ne pas réveiller mon Manu… Qui se réveille. Il me propose de me faire couler un bain. Je m'y plonge, je respire chaque contraction, j'oxygène cet utérus qui travaille pour que mon bébé naisse sûrement aujourd'hui, mardi 18 novembre. Je demande à mon homme de voir la fréquence des contractions: toutes les 4 min. OK on va appeler Béatrice la sage-femme alors. Il est 6h20. Curieux je n'étais pas pressée de l'appeler, peur de déranger...? elle écoute, et dit :" bon ben j'arrive, je me lève et j'arrive". Je suis d’autant plus sereine.

Dire que les sage-femmes avaient prévu de venir en repérage à 18h30 !…

J’envoie un SMS à A., qui m’a accompagnée pour cette grossesse. Juste qu’elle sache que bébé est en train de venir.

 

Les enfants ont continué de dormir. Mon chéri prend une douche, se rase, il me dit vouloir être beau pour l'arrivée de Graine J . Je lui demande d'aller chercher pain et croissants, cela fera plaisir à tout le monde

Je sors du bain, j'ai envie de marcher un peu. Mélissa se réveille, on lui explique que le bébé arrive aujourd'hui, elle est toute contente. La sage-femme arrive à 7h. Matthieu se lève, il est dans le brouillard. Manu va chercher des croissants (il oublie le pain). La sage-femme m'examine, col effacé, dilaté à 3-4 cm. C'est bien aujourd'hui que naît mon bébé! Ma sage-femme, Béatrice, appelle sa collègue Danielle qui a 1h de route.

Je me tiens à un meuble ou une chaise pendant chaque contraction. C'est drôle de voir Mélissa avec ma sage-femme. Mélissa comprend, car je leur avais lu dimanche le livre qui conte aux enfants une naissance à la maison (Runa’s Birth). Les enfants n'ont pas du tout envie d'aller à l'école aujourd'hui!! Je crois qu’ils auraient aimé couper le cordon comme la petite fille dans l’histoire.

Envie de marcher, je ne suis pas bien assise, je bois un peu de lait, croque un croissant, j'en ai envie. Béatrice me pose dans la chambre un monitoring de 30 min environ. On plaisante, car aujourd’hui des travaux devaient débuter dans la maison pour poser des velux. Je savais bien que la date était mauvaise lol ! Manu a décommandé bien sûr. Et puis nous avions prévu (moi sans y croire) d’aller au théâtre vendredi soir. On va aussi l’annuler. Le cœur du bébé va bien, il a un rythme identique même pendant les contractions. Tout va bien. Je propose que les enfants voient le monito, entendent le coeur du bébé. Il n'y aura pas d'autre monito. Cela leur plaît, ils trouvent cela émouvant je crois.

Je me plie, je me penche en avant à chaque contraction.

Le papa prépare les enfants, moi je reste je crois dans la chambre, à gérer mes contractions.

Béatrice décommande ses RDV du jour.

Tiens un appel sur son portable de celle qui me fait le chant prénatal!.. aurait-elle des antennes?...

 

Manu emmène les enfants à l'école. Je leur dis bonne journée à ce soir. Je leur dis que ce soir ils seront 3 enfants dans la maison. Je ressens un soulagement lorsque le calme s’installe dans la maison, les enfants étaient excités bien sûr.

J'écoute mon corps, je suis chaque contraction, j'accompagne, je me dis qu'elles ouvrent le col.

J'entends Manu qui revient. Je n'ai pas vraiment entendu arriver Danielle la seconde sage-femme.

Elle m'examine: 6cm, poche bombée qu'elle fait attention de ne pas percer. Le bébé est encore haut. Il parait que cela arrive souvent au 3è. Elle refait couler un bain, m'y invite en me disant qu'elle y a mis des huiles essentielles en fonction de l'examen qu'elle a fait du col. Je commence à être dans "ma bulle". Je ne suis plus tout-à-fait présente, les contractions se sont intensifiées. Ca sent bon quand je plonge dans ce bain. Les contractions sont de plus en plus fortes, peu rapprochées heureusement, je récupère entre chaque. A chaque contraction je fais des sons des Aaaa OOO. Mon chéri me tient la main, m'accompagne. Je suis sur le côté gauche, puis un peu le ventre dans l'eau, puis sur le côté droit. C'est dur chaque contraction, mais je fais les sons, je sais que cela aide, m'aide. Les vibrations se propagent dans l’eau, c’est super. L'eau se refroidit, on remet de l'eau chaude, mais il n'y a plus d'eau chaude. Moi je suis dans ma bulle. On fait chauffer de l'eau, c'est ce qu'on me dit. Arrive D. avec la bouilloire, elle me dit qu'elle va verser, je dois retirer mes jambes entre 2 contractions. Ca s'intensifie encore...

D'un coup je ne peux plus faire de son, ça fait mal, je pousse, la poche des eaux se rompt d’un coup, je le dis à Manu. Efficace le cocktail d’huiles essentielles !Les sage-femmes sont ensemble dans la cuisine. Je me dis "mais il faut leur dire". Elles ont entendu que je faisais des sons bien différents, elles ont l'habitude, elles savent, et je n'ai pas su formuler cela à Manu, trop prise dans ces contractions de poussée, déjà!

Elles me demandent de sortir du bain. Je me sèche, mon homme me porte jusqu'au lit (juste en face de la salle de bain).  Je vois qu'il a été préparé: alèses, coussins. Chouette la montagne de coussins, je m'y plonge, je suis à 4 pattes, plus ou moins. Je râle à chaque poussée, avec mon homme qui m'encourage, me tient la main. Je demande à chéri de me sécher les cheveux, ils me gênent! j'en suis incapable. Comme ça fait mal! j'entends "il arrive ! ton bébé arrive !". C’est Béatrice qui m’encourage. Ca pousse, ça pousse tellement fort ! Oui c'est un vrai réflexe de poussée!  je le sens qui s'engage, la tête s'engage, je me demande si c'est possible que ça prenne tant de place, comment c'est possible?!? ça y est la tête passe, je sens ensuite les épaules. Je me redresse. Mon bébé, qu'on me donne mon bébé. En fait il avait 3 tours de cordon, lâche. Les sage-femmes le sortait de là, et c'est certainement pour cela qu'il ne descendait pas. Le cordon est très long, elles ont rarement vu ça: 1m à 1m50!

J’aurais bien aimé pouvoir récupérer bébé entre mes jambes. Tant pis.

Mais bébé va bien, tout va bien, je me tourne on me le donne dans une serviette chaude, on m'en donne une chaude aussi. Qu'il est beau! mais es-tu une fille ou un garçon?... je regarde: un garçon! je le savais au fond de moi, je le savais. Matthieu va être content.

On nous laisse tous les trois faire connaissance longuement.

Moments merveilleux.

Bébé cherche à têter, je le mets au sein.

 

Puis je dois me relever (avec de l’aide) pour faire sortir le placenta. Sans soucis, je pousse fort sur un seau et il sort.

Les sages-femmes nous le montrent, elles nous expliquent comment il a fonctionné presque 9 mois pour mon bébé, ce placenta. Nous le conservons au congélateur pour le mettre au pied d’un arbre, sans doute un poirier.

 

C'était magique tout cela. Je rêvais de donner naissance à 4 pattes, et j'ai pu le faire. Je souhaitais une naissance naturelle, elle l'a été. Tout s’est bien déroulé, pas de blocage. Même si je pense que pendant la poussée mes râles ont mal accompagné les derniers moments avant l’expulsion. Et j’ai eu mal à la gorge par la suite. Il était 10h30 quand il est né.

 

Beaucoup beaucoup d'émotion, une grande joie.

 

J’appelle chez mes parents, j’annonce que bébé est né, à la maison. Nous n’avions pas voulu prévenir les grands-parents pour ne pas les effrayer ni qu’ils nous parlent de leurs peurs. Mais maman n’est pas étonnée…

 

Les sages-femmes sont reparties vers 13h. Mon homme m'a fait à manger, poulet et légumes. J’ai bien fait de faire des courses la veille !

On a mis du temps à se décider pour le prénom. On n'avait pas tranché, il y avait une liste de prénoms.

On a hésité, car Esteban, c'est Etienne. Oui, et bien justement! aller, hommage à mon grand-père, décédé en mars, qui m’a en quelque sorte laissé ce bébé adorable en cadeau, et hommage à mon beau-frère qui nous manque tant… !

 

J’envoie un MMS à presque tout mon répertoire avec une photo de mon beau bébé au sein. Je suis si heureuse.

 

Quand Manu est allé chercher les enfants, ils étaient fous de joie. C'était merveilleux de les voir faire connaissance de Esteban leur petit frère à leur retour de l’école, simplement sur notre lit !

 

Esteban a beaucoup dormi. Moi pas la première journée. Tout cela a été tellement intense même si serein!

 

Le lendemain matin Manu est allé fièrement déclarer la naissance de son fils à la mairie du village. Il est très bien accueilli, et on apprend que cela fait 25 ans qu’il n’y a pas eu de naissance dans notre village.

 

Matthieu le mercredi m’a dit, penché sur Esteban, et en me regardant les yeux pétillants : « Merci, merci, merci !! ». Rien de plus. Il souhaitait un petit frère, et qu’il naisse à la maison. Je crois qu’il gardait mauvais souvenir de mon séjour à la maternité pour la naissance de sa petite sœur quand il avait presque 3 ans. Il a aujourd’hui 7 ans et demie mon premier bébé !

 

 

 


 

Merci à tous ceux et celles qui m’ont aidée, soutenue, nourrie jusqu’à faire aboutir ce projet.

Merci à mon Manu, le premier qui m’a fait entièrement confiance, qui a une confiance infinie dans la nature et qui m’a si bien soutenue durant cette formidable aventure

Merci à Charlotte, aux doulas que je connais, et à celles qui se forment.

Merci à A.

Merci à Magalie pour le massage

Merci à Béatrice pour sa douceur, et à Danielle, elles sont formidables !

Merci à l’acuponcteur, à l’ostéopathe (j’ai découvert la médecine douce et efficace durant cette grossesse)

Merci à MC pour le chant prénatal

Merci à mes parents, à papa qui m’a toujours fait confiance

Merci au collectif Naitre chez soi et au site Accoucher Autrement. Les récits m’ont beaucoup fait rêvée et m’ont guidée.

Merci à M. Odent pour ses écrits. Le fermier et l’accoucheur ont fini de me convaincre.


Caroline
 

Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /2008 08:38
- Par Delphine D.Sainsimon - Publié dans : Témoignages
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