Accouchement en maternité faute de SFAAD !!!

Récit de la naissance d’Elouan

Pendant ma grossesse, nous nous sommes bien renseignés avec D. pour que je puisse accoucher le plus naturellement possible. L’accouchement à domicile à Besançon n’était pas envisageable faute de sage-femme le pratiquant, on a donc dû se préparer à accoucher en structure.

Notre choix s’est posé sur le CHU de Besançon car il était près de chez nous et nous permettait le cas échéant de partir au dernier moment. De plus, même si les maternités de Pontarlier et de Lons le Saunier éatient plus ouvertes, rien n’assurait que nos choix seraient plus respectés, en fonction de l’affluence le jour dit.

Je ne voulais pas accoucher avant le 6 novembre car nous avions de la visite jusqu’au 5. Le 6, j’ai profité de la matinée pour terminer de rédiger des calculs pour ma thèse. Puis, pendant que D. était parti donner son cours à la fac, j’ai essayé de faire une sieste, histoire de ne pas être trop fatiguée le jour J, même si ça allait pas mal.
A 14h10 plof un coup dans le ventre suivi qu’un liquide chaud qui coule : la poche des eaux s’est rompue !! Me voilà donc propulsée dans l’accouchement. J’étais prête psychologiquement mais quand même un grand coup de stress : comment ça va se passer ? Je ne voulais pas a priori de ce scénario là, qui me demande d’aller relativement tôt à la maternité et qui en général signifie que les contractions seront plus fortes... J’appelle V., mon accompagnante à la naissance, pour lui dire que c’est pour aujourd’hui. Au départ je lui dit que je vais attendre que D. termine son cours, tant que les contractions ne démarrent pas. Finalement je me rends compte que j’ai besoin de lui tout de suite. Je me débrouille pour qu’il interrompe son cours et vienne me rejoindre. V. rappelle quand il arrive, et nous rappelle qu’il y a un risque de procidence du cordon : je n’ai pas fait la visite du 9ème mois et donc je ne suis pas sûre à 100% que la tête est vissée dans le bassin... même si moi je la sens vissée... Je prends donc des positions inversées pendant que D. prépare les affaires. Les contractions commencent doucement, douleurs de règles pas trop fortes, et anarchiques.

Vers 16h30 on arrive à la maternité. J’ai droit à un monitoring de 45mn et à deux touches vaginaux (SF + élève SF) qui me font mal... Col ouvert à 2 doigts, pas encore effacé. Pendant le monito, la SF vient examiner avec nous le projet de naissance que nous avions rédigé et dont nous devions dicuter lors du rdv du 9ème mois prévu le lendemain... Elle nous rassure, nous dit que le monito pourra être débranché pour que je puisse éventuellement marcher, me propose de prendre une douche si je veux, amène un ballon, de quoi se suspendre pendant les contractions...
Les différents points du projet semblent OK, seulement elle est contre la présence d’une doula, et elle connaît V.... On devra donc se passer d’elle. La SF nous assure qu’elle briefera la relève sur notre demande. Entre 17h30 (fin du monito) et 20h30 (relève), on va marcher dans les couloirs, je me suspends à D. pendant les contractions mais elles sont très gérables, toutes les 5-10mn. Je sens bien que le travail n’avance pas, j’essaie de visualiser mon col pour le détendre, d’accompagner les contractions mais ça n’a pas l’air de marcher vraiment. On passe ensuite du temps dans la salle de prétravail où je me suspends, ce qui augmente la douleur donc doit sûrement aider.
Seulement à 20h30, le col n’a pas bougé du tout. Les nouvelles SF rediscutent de notre projet, ne sont pas à l’aise avec les positions de poussée autres que la classique mais veulent bien essayer. Elles nous proposent de redescendre en chambre le temps que le travail ne démarre vraiment. Ne voulant pas me laisser seule, D. commande une pizza vers 22h (ce qui crée un branle bas de combat à l’étage, qui a donc eu le culot de faire ça ?) , on n’est pas dérangés donc je peux manger, entre les contractions qui deviennent de plus en plus fortes. Les étirements que me propose D. ne sont pas efficaces, on n’a pas pu se réentraîner depuis le cours de prépa à cause de son entorse. Du coup je me débrouille en m’agrippant aux barreaux du lit, et en m’aidant du ballon. Je passe aussi en position allongée sur le côté pendant une heure environ pour me reposer un peu car j’ai un gros coup de barre. Mais j’ai peur que ça ralentisse le travail alors j’essaie de me reverticaliser. La douleur augmente vraiment, je crie pas mal, on attend au max avant de demander un TV vers 0h30. Pour la SF, le col n’a pas bougé. Pour nous encourager, elle dit que s’il était effacé il serait à 4cm. La douleur est augmentée par une sensation de pesanteur dans tout le bassin qui ne s’efface pas entre les contractions, et je ne trouve aucune position qui me soulagerait. Tout ce que la SF est capable de dire c’est « ce sera comme ça jusqu’à la fin »... super...
On remonte en salle de pré-travail, on a convenu avec D. que j’allais demander la péri, en effet à ce rythme là et avec la douleur je n’en peux plus. Je ne regrette pas, cette sensation dans le bassin est trop nouvelle pour moi et je n’arrive pas à la gérer, je me dis qu’au moins pour les éventuels suivants je connaîtrai déjà. On me pose difficilement un monito, je ne supporte pas les pressions sur mon ventre ni la position semi-assise, c’est très dur. Au bout d’une demi-heure D. va chercher les SF pour qu’on me pose une péri. Je crois qu’il a temporisé au maximum, moi je ne m’en suis pas rendue compte. On passe alors en salle de travail (4ème salle depuis le début...), l’anesthésiste arrive. D. sort, il n’est pas autorisé à rester. Elle me dit qu’elle va piquer sauf si j’ai des contractions. Et là c’est tout le problème : elles reviennent très vite, pendant j’ai tellement mal que je bouge et donc adieu le dos rond, et j’hurle très fort, je manque de mordre l’élève SF. D. m’entend depuis la salle d’attente, je me rappelle notamment d’un cri très long super aigu, je pète les plombs, je suis vraiment ailleurs. Entre les contractions je crie parce que l’aiguille de la péri ne passe pas, je sens que ça fait mal... Au bout de 4 tentatives, l’anesthésiste me dit que mon dos est trop tendu (bien sûr depuis le début je me fais engueuler parce que je bouge parce que je fais mal mon dos rond et moi je n’arrête pas de leur dire que je fais ce que je peux, j’ai l’impression d’essayer d’être une bonne élève face à un maître exigeant), et moi je lui dit qu’elle essaie une dernière fois mais que tant pis pour la péri après, c’est pas possible. Elle est d’accord. En fait elle n’a même pas le temps de repiquer, la contraction suivante est si violente que je me rejette en arrière alors que j’avais une aiguille d’anesthésiant dans le dos, je me fais engueuler mais je n’écoute pas, je me tord de douleur, je m’accroupis, fait pipi, au moment où la SF de garde arrive. Elle dit alors que je dois être à dilatation complète, elles me font allonger pour faire un TV, en effet je ne sens plus rien avec ce TV, on est à 10.

Tout de suite ça va mieux, je sais que j’ai eu mal parce que tout est allé très vite (on a dû passer de 5 à 10 de dilatation en 1h-1h30) et que je vais pouvoir pousser, ce que je ne m’étais pas autorisée à faire pour essayer de calmer la douleur. Par contre elles m’installent en position classique, toujours en m’infantilisant : « Maintenant, madame, vous faites ce qu’on vous dit ». Elle n’arrivent par contre pa à mettre mes jambes dans les étriers, j’empoigne mes chevilles avec mes mains et me mets en grenouille. Je n’arrive pas à mettre les jambes prallèles en posture d’ouverture du petit bassin. A postériori, je pense que le moment de pousser n’était pas encore venu pour moi et qu’Elouan était encore haut. D. arrive dans ces eaux là, apparemment je lui dis que je n’en peux plus, mais en fait c’est parce que j’avais trop souffert avant. Lui ne sait donc pas que ça va mieux maintenant. Donc je dois « pousser madame » sauf que je ne sens plus rien, et pas cette envie.
Je sais que j’ai 30mn avant intervention du médecin, alors je pousse comme je peux, souvent je commence trop tôt en début de contraction, la poussée suivante est OK et je me retrouve à arrêter de pousser avant la fin... Les contractions se sont réespacées, et du coup je sais que si j’attends vraiment d’avoir envie je vais me faire engueule. Donc je pousse, en général n’importe comment (« Plus long madame, c’est pas comme ça, fachez vous, plus... ») et qq poussées sont efficaces, des poussées très longues où je gémis. D. m’encourage, va voir la tête dans mon vagin, me dit que je fais du bon boulot pendant que l’équipe répond « non, ça avance pas ». A un moment donné je sens que ça appuie sur le sacrum, je demande à passer en position accroupie, elles acceptent mais ne sont pas rassurées. Moi je sens que ça avance plus vite, la tête descend, par contre le périnée a du mal à s’étirer. Je les entend parler de médecin, je pousse plus fort mais je sais que je n’arriverai pas à sortir mon bébé avant qu’il n’arrive, il me faut beaucoup plus de temps pour que le périnée s’étire. Mais bon « 35mn de poussée madame c’est plus qu’on n’accepte en général ». Donc voilà le médecin, me revoilà couchée, il installe sa ventouse, je sens le contact des ciseaux froids sur le périnée, je me dis « au moins c’est bientôt fini », et à la contraction suivante je pousse, il sort la tête et tout le corps suit immédiatement. Il me pose mon bébé sur le ventre (coupe le cordon dans la foulée, D. ne voulait pas le faire), je suis heureuse, il est tout petit mignon, j’entrevois ses testicules, c’est un petit garçon, Elouan ! Il pleure pas mal, l’accouchement a du être rude pour lui aussi. Je demande à boire, c’est encore interdit, D. va me chercher le brumisateur, l’équipe médicale en a rien à faire de soulager les mamans après l’accouchement... Je sens le médecin tirer sur le cordon pour sortir le placenta, puis il m’anesthésie pour me recoudre. Impossible de leur arracher la taille de l’épisio, cependant il s’excuse d’en avoir fait une.

Mon bilan perso de cet accouchement : j’aurais aimé une aide pour la douleur, j’aurais aimé que V. soit là en plus de D., ce qui n’était pas possible... puisque les SF n’ont pas l’air de savoir aider les femmes sans péri. On a été seuls face à la douleur tout le temps, les SF ne venaient que si on appelait et pour pas longtemps. En fait j’aurais eu besoin de V. surtout au moment où j’hésitais à prendre la péri, mais là je ne me sentais plus d’attendre qu’elle vienne, de voir si elle m’aidait, et si ça ne marchait pas d’attendre que la péri fonctionne... Surtout que si elle venait, D. devait partir de la salle... Et à ce moment là on était mis à l’écart dans une chambre donc c’est pas dit qu’il ait été facile pour elle de me rejoindre... Je ne suis pas contente qu’ils m’aient installée pour pousser trop tôt. Pour moi, ce sont eux qui ont paniqué face à ma douleur, c’est un comble... Et bien sûr j’aurais voulu plus de temps de poussée. Mais bon, le côté positif c’est que je n’ai pas eu de monito continu (en fait ils me considéraient en prétravail donc ils ne font pas de monito, ils m’ont considérée en travail pour la pose de la péri mais là il n’y a pas de monito et après c’était directement la poussée, pour laquelle une SF s’occupait de mettre la sonde au bon endroit pour avoir le coeur du bébé), je n’aurais pas supporté, j’ai pu manger (en cachette), et je n’ai finalement pas eu de péri !! Pour la ventouse ce qui m’ennuyait le plus c’est qu’à cause de l’hématome, Elouan a dû passer 6*6heures sous photothérapie (jaunisse importante due à la résorbtion de l’hématome), et il détestait ça. Au début il pleurait, à la fin il ne se réveillait même plus pour manger, j’ai dû le nourrir à la seringue. Ce qui m’ennuie de plus en plus maintenant c’est de ne pas avoir eu le droit de terminer mon accouchement toute seule.

Au niveau d’Elouan par contre on a été respectés dans nos choix : peau à peau pendant 2 heures, au bout d’une heure il a été faire ses soins mais n’a pas été aspiré ni intubé. Il a quand même du être baigné par les puéricultrices à l’arrivée dans la chambre, je ne sais pas trop pourquoi c’était si indispensable... En ce qui concerne le séjour, aucune aide de mise au sein (même pas en salle de naissance), et on me proposait des bibs de GES45 tout le temps parce que le traitement déshydrate... Et défilé tous les soirs pour essayer de l’emmener à la pouponnière... Quelle pression !!

Heureusement que V. passait pour m’aider à la mise en route de l’allaitement !!

Mardi 19 décembre 2006 2 19 /12 /Déc /2006 23:17
- Par Frédérique Horowitz - Publié dans : Témoignages
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