d’après mes souvenirs... la chronologie n’est peut-être pas tout à fait respectée, les heures restent approximatives !

Vendredi 07 janvier 2005

Il est 8h30 quand je perds les eaux, une inondation. Voilà, c’est pour aujourd’hui, me dis-je. Erwan est parti au travail depuis plus d’une heure.

J’appelle Françoise, la sage-femme. Elle me demande si les contractions ont commencées... Non, rien. On doit faire le point en début d’après-midi si toujours rien d’ici là.

J’appelle Erwan qui rentre immédiatement.

Après le repas du midi toujours rien. Françoise passe dans l’après-midi... elle m’informe qu’elle suit en ce moment une autre maman, Gaëlle, qui heureusement n’habite pas trop loin de chez nous. Elle c’est le contraire, me dit-elle : des contractions depuis la veille au soir mais pas de rupture de la poche des eaux. Elle me demande de prendre du repos, m’indique une position pour faire la sieste censée faire descendre le bébé qui est encore haut. Me conseille également un bain chaud.

Je suis ses indications. Je ne dors pas mais prend du repos, puis prend un bain. Les contractions commencent, mais espacées et peu douloureuses, Elle repasse vers 20h00 : le col s’est ramolli et est peu ouvert, le bébé est descendu mais pas assez pour appuyer et provoquer l’ouverture du col. Je sais que ce bébé ne sera pas là le 7, à moins d’un miracle ou d’une catastrophe. Elle effectue un monitoring durant une demie-heure : on voit les contractions, d’intensité moyenne de 50. Je lui demande jusqu’où montent les vraies : 100, 120... Le coeur du bébé bat bien, régulièrement et il ne semble pas gêné par les faibles contractions. Elle me prescrit de l’huile de ricin à prendre le lendemain matin si les vraies contractions ne sont toujours pas là : la rupture trop anticipée de la poche des eaux pourrait être à l’origine d’infections...

Quelques temps après son départ commencent les grosses contractions. Régulières et toutes les 5, 6 minutes. Je suis dans mon lit et j’essaye de gérer. Comme j’ai du mal, je me refais couler un bain chaud et commence la nuit dans ce bain... Je dis à Erwan de dormir, la nuit risque d’être longue. Je mets un CD de sophrologie, séance de gestion des contractions. Je me sens mieux même si c’est douloureux. Je perds vaguement la notion du monde. Sous l’effet des endorphines, je plonge entre chaque contraction dans un espèce de cocon qui semble durer des heures. Cependant chaque contraction me fait émerger et la pendulette indique que seulement 5 minutes se sont écoulées depuis la dernière... Je commence à ressentir une douleur continue dans le dos au niveau dess reins, et au niveau des hanches. Françoise passe et m’explique qu’il s’agit de muscles qui tirent dans le dos, et des os du bassin qui s’écartent petit à petit. On regarde où ça en est et le résultat est désespérant : ouvert à 1 cm seulement... Je songe que même à l’hôpital j’aurais dû endurer tout ça car la pose de la péridurale ne se fait qu’à partir de 3 cm.

Samedi 08 janvier 2005

à 2h30 je rapelle Françoise. Elle me dit qu’elle arrive.

Quelques minutes plus tard je réveille Erwan catastrophée : il n’y a plus d’eau chaude ! Il remet le cumulus à chauffer mais me prévient qu’il y en a pour une heure au minimum... je me mets dans le lit en tremblant, j’ai froid et mal. Au bout d’une heure Françoise n’est pas arrivée, on la rappelle et elle nous dit qu’elle est sur la route... Quelques instants plus tard elle arrive. J’ai trop mal, à la fois à cause des contractions et du mal de dos qui s’est amplifié et qui ne me permet pas de souffler entre chaque contraction, Je ne gère plus rien du tout, je vis un enfer. Elle et Erwan décident de faire chauffer de l’eau sur le gaz pour que je puisse quand même aller dans la baignoire. Lorsqu’elle est assez remplie et que je me plonge dedans, la chaleur agit comme un anesthésique et je ne sens plus que les contractions. Je peux me détendre entre chaque. Au bout d’un moment, je lui demande à combien j’en suis. Verdict : 5 cm de dilatation... ça avance lentement... j’ai l’espoir que les 5 derniers cm se feront plus rapidement que les 5 premiers. Je lui demande ce qui est le plus difficile de la dilatation ou de l’expulsion. Tout dépend de chaque femme me répond-elle... La suite est difficile, Erwan continue à chauffer de l’eau sur le gaz au fur et à mesure. Je gère certaines, d’autres pas du tout. Erwan veut m’apporter à manger, du miel sur une tartine de pain beurrée. Je n’ai pas faim du tout et quand j’en prend une bouchée une subite envie de vomir arrive. Finalement il m’apporte du jus d’orange et j’arrive à en boire un peu.

Françoise continue à passer en pointillé. A un moment elle n’est pas là et je souffre tellement que je la rapelle, j’entend des cris derrière elle : Selim, le fils de Gaëlle est né. Il est un peu plus de 11h00. Elle arrive une heure plus tard. Elle me décrit Selim, ça me fait du bien car j’imagine que moi aussi, je vais bientôt avoir mon enfant dans mes bras. On arrive enfin à la fin de la dilatation, j’en suis à un peu plus de 9. Françoise me demande de la prévenir quand arrive l’envie de pousser. Quelques instants plus tard ça y est. Julie, l’"assistante" de Françoise est arrivée, elle essuie mon front avec un gant humide. Je reste dans la baignoire pour les premières poussées, puis on passe dans la chambre. De nombreuses positions sont essayées : sur la chaise de Maya (trop haute pour moi !), en bordure du lit, allongée sur le côté... C’est dans cette dernière position que le bébé est le plus proche mais je n’arrive pas à pousser correctement. Chaque poussée m’épuise et le coeur du bébé se ralentit... heureusement pour repartir de plus belle après un peu de repos.

Françoise m’explique alors qu’il reste un morceau de col, tout petit, mais qui bloque la tête et que malgré tous ses efforts elle n’arrive pas à l’effacer. Je suis fatiguée de tous ces efforts pour rien, prête à craquer nerveusement, j’ai peur de ne pas pouvoir sortir ce bébé. Elle me propose de retourner dans la baignoire laisser agir les contractions qui suivent en espérant qu’elles réussiront à effacer ce morceau de chair qui est je le sens le rempart ultime entre mon bébé et la sortie.

Quelques heures plus tard l’envie de poussée est plus pressante. Elle m’informe que le col est bien dilaté, il ne reste plus d’obstacle et qu’il faut pousser ! On réessaye dans la baignoire, mais la position n’est pas idéale. On retourne sur le lit et on finit par trouver la position efficace, Erwan est appuyée contre le mur et moi contre lui. Françoise en face de moi, j’ai posé mon pied droit sur son épaule et Julie sur ma gauche me tiens le pied gauche tout en m’essuyant le front. Je ne compte pas le nombre de poussées, entre certaines on écoute le coeur du bébé qui faiblit puis repart, comme tout à l’heure. Erwan m’encourage et pousse avec moi... Soudain elle m’annonce qu’il est là, qu’il sortira à la poussée suivante, effectivement je le sens en moi... La série de poussée suivante amène le haut du crâne, elle propose à Erwan de toucher. Puis enfin c’est la dernière série, je sens la tête qui passe, puis les épaules, et je le prend pour le mettre sur moi... On lui donne un petit peu d’oxygène pour qu’il reprenne des forces et soit moins pâle... il pousse quelques petits cris, il est bien vivant. Je souffle enfin en regardant ce petit être si beau. Pendant qu’il rosit et tousse pour explulser les glaires qui l’encombrent, Françoise appuie sur mon ventre à la contraction suivante pour expulser le placenta.

Puis Erwan coupe le cordon qui ne bat plus et Eloïc est mis au sein où il tête avec vigueur pendant longtemps... C’est un moment magique, je réalise que c’en est enfin fini avec ces contractions douloureuses que j’ai déjà oubliées. Nous sommes épuisés mais heureux.

Conclusion

Au bout de quelques jours, les souvenirs de ces longues heures de souffrance s’estompent. Cet accouchement est définitivement le mien, le nôtre avec le papa qui a toujours été près de moi pour m’encourager. Ce n’est pas un accouchement idéal, il a été long et difficile, mais au final Eloïc est sorti frais comme une rose, sans les forceps qui m’auraient été imposés en structure hospitalière au vu des variations de son rythme cardiaque, sans l’injection d’ocytocine presque obligatoire au vu du temps écoulé depuis la rupture de la poche des eaux. De mon côté une simple éraillure témoigne de cette expulsion difficile. Je ne remercierai jamais assez Françoise et Julie d’avoir été là pour me guider à chaque étape de ce voyage si nouveau pour moi, de m’avoir permis d’être moi jusqu’au bout. On regagne confiance en soi à faire ce chemin, on va jusqu’au bout de réserves insoupçonnées de soi-même. Je suis devenue mère, comme toutes celles qui m’ont précédées...


Eloïc et ses parents, 1 heure après sa naissance
Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /2007 23:10
- Par Karine L. - Publié dans : Témoignages
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