Le 6 décembre 2006...

Je me réveille vers 7h avec quelques contractions. Je pense que c’est logique, depuis samedi j’ai des contractions un jour sur deux, et je n’en ai pas eu la veille... je profite de la chaleur de mon lit quand je sens quelque chose qui coule... c’est pas très abondant mais ça laisse une marque claire sur le drap. Je suis sûre que je viens de rompre ou fissurer la poche des eaux. Et si finalement c’était pour aujourd’hui ? La pleine lune était la veille, j’ai eu des envies de ménage deux jours avant... mais la sage-femme (Julie) est passé la veille, disant qu’avec un col postérieur et long (même si ramolli) comme l’était le mien ça ne serait pas pour tout de suite... se serait-elle trompée ?

Je vais aux toilettes... ça continue de couler, par intermittence, et je m’aperçois que je perds le bouchon muqueux.

Je regarde dans le livre d’Isabelle Brabant ce qu’elle dit sur la poche des eaux, rompue ou fissurée, ainsi que sur le bouchon muqueux. Je prends une douche, je caresse mon ventre en le savonnant avec une tendresse toute particulière... et si c’était la dernière fois que je pouvais masser mon bébé à travers mon ventre, comme je le fais depuis de nombreux mois sous la douche ?

Les contractions sont toujours là, un simple pincement dans le bas du ventre. J’attends 8h et je me décide à appeler Françoise, l’autre sage-femme, ayant trouvé Julie très fatiguée la veille, par un accouchement qui a été difficile...

Au téléphone elle fait son diagnostic. Oui, c’est vraisemblablement pour aujourd’hui. Elle va passer dans la matinée...

J’ai un moment d’hésitation. Il faut que j’appelle mon mari pour le tenir au courant, éventuellement qu’il rentre. Eloïc est inscrit pour la garderie ce matin, est-ce que je l’emmène et dit à mon mari d’aller le chercher à midi en revenant ? Est-ce que j’aurais la possibilité de prendre la voiture pendant plus d’une demi-heure pour aller jusqu’à la garderie ? Pour l’instant les contractions sont supportables, mais dans une heure ? J’appelle Erwan, je lui explique la situation. Il me dit qu’il finit ce qu’il fait puis qu’il me rappelle pour savoir ce que j’ai décidé.

Eloïc se réveille. Je lui prépare son petit déjeûner, je lui explique que le bébé va arriver aujourd’hui. Je mange de bon appétit avec lui. Il n’est pas trop motivé pour s’habiller... Quand une contraction arrive, je me pose sur mon ballon et je bouge mon bassin, je ne la sens quasiment plus de cette manière. C’est presque trop facile... je ne les sens pas très régulières, mais moins de 10mn entre chaque, durée d’une petite minute.

Erwan rappelle. Il revient, Eloïc n’ira pas à la garderie. J’attends Erwan et la sage-femme, qui arrivera en premier ? Je continue à ranger notre chambre que j’avais presque nettoyée à fond l’avant-veille. Il reste une partie en bazar, avec de la poussière dessous, je ne veux pas qu’il y ait de la poussière dans la chambre où va dormir le bébé ! Eloïc est sage.

Je vaque à mes occupations. Il y a plein de choses à faire, je sais que je ne pourrais pas les faire toutes avant que les contractions ne deviennent fortes. J’aurais souhaité préparer un gateau mais l’inspiration me manque et il faut que je finisse la chambre avant.

Erwan arrive. Il s’occupe d’Eloïc, l’habille. Il me gonfle le deuxième ballon qu’l met dans la chambre, le premier reste au salon. Je lui demande de m’aider à ranger, après tout la plupart du bazar est le sien. Je m’active, quand une contraction arrive je m’assieds sur le ballon.

La sage-femme arrive, il doit être 10h30. On discute, on plaisante, elle m’examine. Je suis ouverte à deux bons doigts, on n’en revient pas... elle qui avait su que la veille j’avais le col long et postérieur, là il a fait un travail très important pour des contractions finalement peu douloureuses – elle pense que le plus gros s’est fait pendant mon sommeil... Elle plaisante sur Julie qui aurait de la prostaglandine au bout des doigts ! Elle trouve que le bébé est vraiment très bien positionné, comme il faut pour que ça se passe au mieux. Elle me confirme que c’est bien pour aujourd’hui, se pose la question de prévenir l’osthéopathe qui doit venir faire des manipulations pour aider au travail, à une dilatation entre 2 et 4. Lui finit son travail à midi à une heure de route d’ici... on décide de se rappeler vers midi pour voir où ça en est et si son déplacement sera nécessaire. Elle repart.

La matinée se poursuit. Erwan se repose au lieu de ranger ses affaires, j’ai l’impression que c’est lui que mon travail fatigue le plus ! Eloïc est sage, joue avec l’autre ballon pour faire comme maman.

Les contractions s’intensifient un peu. Je me penche en avant à chacune d’elle, les bras sur le lit et les fesses sur le ballon, tout en bougeant mon bassin. Finalement les affaires sont rangées, je donne un coup de balai, tout va être propre. On a la sage-femme au téléphone un peu avant midi, je lui confirme que ça s’est intensifié. On décide de ne pas appeler l’osthéopathe. Elle dit à Erwan qu’il faut que je mange, que je prenne des forces. Il me demande ce que je veux manger, je n’en sais rien, je ne sais même pas si j’ai faim. Il fera des pâtes pour tout le monde, et j’en mangerai beaucoup, à ma grande surprise j’ai une faim de loup. Je mange assise sur le ballon afin de pouvoir gérer chaque contraction. Après le repas, je remonte dans la chambre. Ça commence à devenir plus difficile, les contractions sont fortes et arrivent d’un coup au maximum, puis redescendent lentement. Certaines me coupent le souffle. Erwan a couché Eloïc pour la sieste, il vient se coucher auprès de moi et somnole. J’ai changé de position, je suis à quatre pattes sur le lit, sous la couette, le bassin en l’air que je bouge à chaque contraction et la tête dans les oreillers. J’ai demandé à Erwan de fermer les volets, de mettre juste la lumière de la lampe de chevet et d’allumer le chauffage. Je « chante » chaque contraction dans les coussins pour ne pas réveiller mon aîné. Le son que je sors dure presque le temps de la contraction sans que je reprenne mon souffle, je suis étonnée par sa longueur... Au bout d’un moment, ça commence à devenir vraiment dur, Erwan s’aperçois que j’ai changé de tête. On veut compter la durée de la contraction et entre chaque contraction, il me demande de le prévenir au début de chaque contraction mais ça démarre tellement fort que je ne peux plus parler, il ne faut pas me déranger au milieu. Il comprend que quand je commence à vocaliser c’est le début de la contraction. Au bout de quelques unes on réussit à voir que chaque contraction dure entre 30 secondes et une minute, et qu’elles sont espacées de 3 minutes. Pendant la contraction je rentre dans ma bulle, je suis concentrée sur mon chant et tout élément extérieur me perturbe. En revanche, entre chaque, je reprends mon souffle, discute, impossible de dormir, je suis en forme.

Il propose de rappeler la sage-femme. Je suis d’accord, c’est lui qui fait la conversation parce que moi je ne peux pas. Elle demande si j’ai bien mangé, me dit que je peux prendre un bain si je le souhaite. Le temps qu’elle arrive (rapidement en fait), Eloïc se réveille et Erwan s’en occupe. Quand la sage-femme arrive il doit être aux environs de 14h. On parle un peu, elle me demande si je sens le bébé descendre dans le bassin. Ce n’est pas vraiment très net pour moi, j’ai l’impression de sentir les contractions plus bas que le matin, mais je n’en suis pas sûre. On plaisante sur le fait qu’il vaut mieux le sentir plus bas que plus haut ! Elle me propose de vérifier mon col, ce que j’accepte. Le changement de position me donne des contractions, elle se dépêche parce que je ne suis pas bien comme ça...
Verdict, je suis dilatée à 7 ! C’est vraiment une très bonne nouvelle, je n’en attendais pas autant, j’avais mis beaucoup plus de temps que ça pour mon aîné et c’est ma seule référence. Et une surprise en prime, elle sent la poche des eaux, intacte. Je suis surprise, c’est donc la poche amniochoriale qui s’est percée ce matin... Bébé peut encore naître coiffé ! Et les contractions intenses que je ressens ne sont rien à côté de celles que je pourrais ressentir si elle était percée...
Elle dit que le bébé est encore un peu haut, me suggère une position pour bien le faire descendre : sur le côté, avec la jambe repliée très haut maintenue avec des coussins. Je connais cette position par coeur, c’est celle dans laquelle je dors depuis plusieurs mois ! Mais là, c’est dur. Je fais deux contractions comme ça, mais j’ai plus mal que comme j’étais avant, je me remets donc dans l’ancienne position, à quatre pattes. Là aussi j’ai l’impression d’avoir plus mal qu’avant. Est-ce lié à la position où à l’avancée du travail ? Je laisse passer quelques contractions.
Erwan et la sage-femme discutent à voix basse, je suis la conversation entre les contractions mais pendant leurs chuchotements me gênent, je n’ai pas la force de leur dire. Ça ne dure pas longtemps, j’ai une contraction plus dure que les autres et là je n’arrive pas, j’en pleure presque. La sage-femme réitère sa proposition de bain, je pense que oui, je ne sais pas ce qui peut me soulager. J’accepte en pensant combien ça m’avait fait du bien à mon premier accouchement. Ils s’activent dans la salle de bain, font couler l’eau, mettent le chauffage. Quand c’est prêt, ils viennent me chercher.
Il y a bien 5 mètres au grand maximum entre le lit et la baignoire, mais ils me paraissent infranchissables. Rien que le fait de me redresser pour marcher déclenche une contraction alors que la précédente vient de finir... je m’assied et Françoise me masse le bas du dos, ça fait du bien. Elle m’aide à marcher jusqu’à la baignoire et à y rentrer. Effectivement l’eau chaude fait du bien, même si je sens bien les contractions. Au bout de quelques unes, Françoise me demande si je sens le bébé plus bas. Je n’arrive pas à lui répondre avec certitude, elle me propose de revérifier le col. J’accepte, il est quasiment à 10.
La contraction suivante un peu de sang part dans la baignoire, elle me confirme que c’est la fin du bouchon muqueux qui traduit l’ouverture complète du col ! Les contractions suivantes, je sens que ça pousse, que la poche des eaux bombe...
Ce n’est pas encore la poussée mais on s’en rapproche. La contraction suivante je la sens exploser ! Je suis dans le bain, je ne sais plus si je l’entends mais en tout cas je la sens... là ça s’enchaîne, je sens la poussée plus bas, je ne fais rien, ce sont comme des contractions mais plus bas, je laisse passer... La sage-femme me demande si je souhaite sortir le bébé dans le bain ou dans la chambre. J’ai du mal à réaliser qu’on en est déjà là, je ne sais pas, je n’arrive pas à me décider... je pense que c’est mieux dans la chambre où c’est plus confortable, elle m’aide à me relever mais là une contraction me cloue sur place, c’est plus qu’une contraction, c’est une poussée, je ne la « chante » pas, je la hurle de toutes mes forces, c’est très fort.
Après cette poussée je sens que je ne pourrais pas aller plus loin, je suis à genoux dans la baignoire. La sage-femme me fait remonter une jambe, j’ai un pied et un genou dans le fond de la baignoire, la poussée suivante arrive, je m’appuie contre la table à langer... ça pousse tout seul, je ne fais rien sinon hurler, c’est très puissant...
A la fin de cette poussée je suis essoufflée, je n’en peux plus, je sens le bébé à portée de main, d’ailleurs la sage-femme me confirme qu’il est là, qu’on peut toucher la tête... je mets la main et je sens son crâne... il est là, c’est bien vrai, mais je n’ai pas le temps de réaliser que la poussée suivante arrive, encore un hurlement, ce n’est pas de la douleur, je sens fugacement que dans ce cri c’est la vie qui vient, puis ça s’arrête, la tête est sortie, je me sens écartelée, j’attends avec impatience la suivante pour pouvoir nous délivrer tous les deux... elle ne tarde pas et enfin c’est la dernière, le bébé arrive, Françoise le rattrape avant qu’il ne touche l’eau. Je me retourne, je le vois, il est violet avec beaucoup de vernix, je le prend dans les bras... il pleure, il vagit, il chante lui aussi son épopée, c’est allé très vite. Je le berce, je suis assise sur le bord de la baignoire, une de mes jambes tremble, je répète en boucle « mon bébé ».

Erwan arrive avec Eloïc qui le regarde et dit « tout petit petit bébé »... Je ne me sens pas bien à cet instant, j’ai froid, je voudrais aller dans le lit. Erwan propose de prendre le bébé, mais il est encore relié à moi par le cordon... la sage-femme le clampe, Erwan coupe et prend son fils le temps que je sorte du bain et rentre dans le lit. Sous les couvertures je reprends le bébé qui pleure encore, je demande à quelqu’un d’éteindre la lumière qui semble le gêner... aussitôt il s’arrête de pleurer et me regarde... ce regard de nouveau-né, si éveillé, les yeux grand ouverts...

Après quelques instants il prend le sein, comme si il avait déjà fait ce geste cent mille fois. Françoise me demande de pousser pour l’expulsion du placenta, c’est désagréable mais vite passé. Puis elle va l’examiner à la lumière et nous restons en famille sur le lit, je suis heureuse.



Stevann une heure après sa naissance
Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /2007 22:57
- Par Karine L. - Publié dans : Témoignages
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