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"Naître Chez Soi"
Ma grossesse : Le cheminement vers l’accouchement à domicile
Nous sommes ensembles depuis 2001. En 2005, après trois ans de vie commune nous décidons de faire un enfant, le premier mois d’essai fut le bon. Juillet. J’ai 26 ans, Rémy 28. Nous annonçons la nouvelle à nos proches dès le test pipi effectué, nous sommes heureux et impatients de le dire à tout le monde. Notre bébé est prévu le 29 avril 2006. Les trois premiers mois sont très éprouvants physiquement et mentalement : trop de fatigue, trop de nausées, je suis exténuée ! Je me dis que je n’aurais qu’un enfant, mon corps ne suit pas !!! Heureusement que mon mari est là … Le second trimestre me donne du répit : finies les nausées, finie la trop grosse fatigue, place à l’essoufflement, aux maux de dos, de ventre, de côtes... Mais surtout place aux mouvements de ma petite (et oui, depuis le troisième mois je sais que nous attendons une petite fille, nous choisissons dès le début de l’appeler Ornella !). Dès que son papa met la main sur mon ventre, Ornella se cache la coquine ! Mais il reste calme et aimant, il m’aide beaucoup, me seconde dans la maison lorsque je veux rester allongée (je suis si bien dans le canapé !!!. Je me renseigne de plus en plus sur l’accouchement après m’être renseigné sur la grossesse, puis sur l’allaitement et les produits bio pour bébé ! Et moi qui d’habitude me médicamente beaucoup pour tout dysfonctionnement de la nature, et bien je prends conscience que l’accouchement n’est pas un dysfonctionnement de la nature ... L’hyper médicalisation de l’accouchement me fait peur, je lis des récits de maman à qui on a "volé" leur accouchement, que l’on a pas respecté : "criez moins fort madame !", que l’on harnache sur le dos ... Je prends peur ... On vente ci et là les mérites de la péridurale, mais ça n’est pourtant pas si rose que cela ... Je fréquente un forum nommé MagicMaman et tombe sur une discussion de mamans désirant l’accouchement à domicile ou l’ayant déjà vécu. Je décide de participer, pendant deux mois je leur dit que je veux un accouchement naturel mais à l’hôpital, que cela me rassure. J’écris un projet de naissance en concertation avec mon mari. Elles parient sur le fait que je finirais en AAD ! Je rigole mais n’y crois pas. J’ai peur de la réaction de la famille, j’ai peur des risques, j’ai peur d’avoir trop mal, j’ai super peur. Mais j’ai envie de VIVRE l’accouchement malgré la douleur. Je suis décidée à ne pas accepter de péridurale, ni trop de touchers vaginaux, je veux pouvoir bouger, et je refuserai l’épisiotomie. Mais … quand je suis chez la gynéco, je n’arrive à rien dire. Je m’infantilise. Un jour, un beau jour ... je me dis « mais tu es bête, tu vas devoir peut-être te battre à l’hôpital pour faire respecter tes choix ». Mais je ne voulais pas céder au chantage de l’hôpital, je voulais me battre pour vivre un accouchement réfléchi en milieu hospitalier, mais la sagesse m’envahit, mon ventre grossit, Ornella grandit. Mon mari a toujours été partant pour qu’Ornella naisse chez nous, il veut plus tard passer devant l’immeuble et dire à sa fille : tu es née ici !!! C’est émouvant ! Je suis heureuse de ne pas avoir eu à batailler pour lui faire comprendre que ce n’était pas risqué ... Je lui ai fait juste lire le site http://accoucherautrement.free.fr/ !!! Merci à la rédactrice de ce site… et à toutes les femmes qui témoignent. MERCI. Nous sommes mi-décembre, il est donc temps d’appeler cette fameuse M. que Sophie13 une MM aixoise me conseille. J’ai peur, je décide de d’abord lui envoyer un mail, je me sens plus à l’aise, elle me répond sous deux jours, avec un ton rassurant, je suis apaisée dès le début, elle m’explique qu’il ne faut pas croire qu’accoucher à la maison n’est pas douloureux, j’apprécie sa franchise, et je suis prête. Je l’appelle. Sa voix est tellement douce. J’ai des frissons rien que de repenser à ce premier contact. Il signifiait la concrétisation d’un choix « à la marge » mais que j’allais assumer. J’ai rendez-vous le mardi 3 janvier à 16h30 environ, elle se déplacera chez moi (elle n’a pas de cabinet). Le 16 décembre 2005, je passe l’écho morpho, la gynéco relève un retard de croissance à contrôler le 4 janvier. Je ne sais pas dans quelles proportion est le retard, ni ce qu’il peut engendrer. J’essaie de rester calme même si parfois je perds pied. 3 janvier 2006, première rencontre avec M., une femme très jeune, très douce ! Nous nous mettons autour de la table, avec mon mari. Nous discutons une heure et demi. J’étais un peu gênée, peur qu’elle se dise que je n’étais pas la candidate idéale, qu’elle décèle en moi un manque de force, que je ne serais pas capable… Les craintes qui ont fait qu’au début je n’avais pas opté pour la solution AAD. Puis finalement on est conquis, ses choix nous plaisent, elle est sécuritaire, ca me rassure, elle est aussi discrète le jour J, elle sait s’effacer. Mon mari a le même sentiment que moi : rien ne nous arrêtera, mis à part ce retard de ma fille qui m’inquiète, mais M. me dit qu’un abdomen au dixième percentile c’était pas du tout alarmant. Je fais mes cours de préparation à l’accouchement avec une SF libérale de ma ville, qui me fera par la suite les monitos à domicile. Elle est branchée nature. On discute de tout et de rien. Je ne fais ni relaxation ni yoga, c’est pas mon truc. Je lis le Brabant, il me conforte dans mes choix. Jusque mars, je passe de nombreuses échographies (le retard est bien présent et le placenta est calcifié et déjà vieux), des dopplers (qui sont eux parfaits), des monitos (cœur du bb rapide mais bon, et moi je fais de la tension), j’ai peur, on m’inquiète, puis fin mars, ma petite fille se décide à grossir, je ne fais plus de tension, bref au final j’ai le droit à mon AAD, on me laisse tranquille, je n’ai plus d’écho a passer, juste deux monitos par semaine, à domicile ! J’ai revu M. le 6 avril, elle m’a prescrit le matériel nécessaire (oxygénation et petit matériel de soin), nous avons discuté de mon streptocoque B et du protocole de soin…Il s’agira de deux perfusions à 4h d ‘intervalles d’un antibiotique, ainsi on évite des prélèvements et des médicaments sur bébé. En parallèle, ma sœur jumelle vit une injustice de la vie, elle va devoir le 19 avril subir une IMG par voie basse …
Mon accouchement
Fin avril, toujours rien … la dernière semaine d’avril, j’ai enfin des contractions, légères, irrégulières, durant une semaine. Ca se prépare … Le terme arrive, toujours rien de plus … Je commence à désespérer et surtout avoir peur de déclenchement suite à dépassement de terme. Ma sage femme me laisse une semaine, l’hopital me laisse seulement 4 jours, donc jusqu’au 3 mai, mais j’ai décidé de refuser leur déclenchement tant que bébé va bien …
Je fais mes monitos à domicile tous les deux jours une fois le terme dépassé. Le lundi 1er mai, la sage femme qui me fait les monitos me donne quelques conseils pour essayer de faire avancer les choses : homéopathie, point d’acupuncture que mon mari s’applique à faire sur les pieds, et un grog infusion clou de girofle/gingembre/vodka. Je le bois à 22h. Je pars me coucher, à 23h30 je vais faire ma pause pipi avant de m’endormir, au moment de faire pipi, je sens un truc sortir de mon vagin, je regarde dans la cuve, je vois du sang … je me lève, et là, ca recommence : en fait c’est de l’eau !!! oh lala je saute de joie, je n’en reviens pas, je vais voir ma fille dans quelques heures, c’est pour le 2 mai, je me dis !!! Je vais voir mon mari qui est au lit, j’appelle ma mère, ma jumelle, on commande les billets de train SNCF pour qu’ils puissent venir me voir ; et je vais même voir ma voisine !! J’appelle M. pour qu’elle vienne faire les perf (strepto B). Elle arrive vers 0h30. Elle me pose le cathéter, nous montre comment faire les injections toutes les 4h. C’est Rémy qui s’en chargera. Lorsque M. est arrivée, les contractions commencent. Toutes les 8/10 mn environ, carrément gérables, ca fait mal comme des règles, puissance 100. M. repart, je l’appellerai quand je sentirais que cela avance. On se force à se coucher. Je n’arrive pas à dormir à cause des contractions, mais au moins je me repose au lit. A 5h, le réveil sonne pour que l’on fasse l’injection, Rémy n’y arrive pas, il croit qu’il y a un bouchon sur le cathéter, il appelle M., elle nous explique qu’il n’y a pas de bouchon, il faut appliquer la seringue direct sur le cathéter, on est doué pour se compliquer la vie !! Le cathéter me fait mal et m’empêche de bouger mon bras droit, j’ai un peu les boules ! Prochaines injections à 10h, ainsi de suite durant cette journée du mardi 2 mai qui m’épuise un peu mais surtout mentalement : c’est quand que ca se rapproche ???? M. repasse vers 18h, pour me redonner des injections (elle n’avait pas prévu que ca durerait si longtemps !). Je ne saurais décrire plus cette journée, elle ne me revient pas du tout… je ne sais pas ce que j’ai mangé, pas ce que j’ai fait, ni qui j’ai appelé… Le temps fut comme « suspendu »… Je me souviens que j’ai pas mal marché dans l’appartement car je voulais aider ma fille à descendre. Je crois que j’ai fait un peu de ménage, mais je n’en suis même pas certaine. Mon mari n’a plus tellement de souvenirs de cette journée si bizarre … Le soir arrive, les contractions deviennent de plus en plus douloureuses, je suis ravie de réussir à les gérer. Je perds régulièrement un peu de sang. Puis ca se complique, en fait ca devient pas mal douloureux et je fatigue de ma nuit blanche. Mon mari décide de venir demander un peu d’aide sur le forum, les filles me conseillent d’appeler M. mais je sens que l’accouchement n’est pas imminent, la plupart pensent que c’est son rôle d’être là pour m’aider, mais je ne sais pas, je n’ai pas envie de l’appeler pour qu’elle vienne alors que ca risque de durer des heures … on éteint alors internet (les filles du forum nous disent de déconnecter, mais nous, on s’ennuie un peu, ca fait 24h qu’on est dans l’accouchement, je suis fatiguée !). Quand la contraction est là, je cherche une position, je marche ou m’allonge, me suspend à Rémy, gémis … je ne sais plus à quel moment j’ai demandé des gants chauds et une bouillotte, je les applique sur le dos ou le ventre, ca fait du bien ! A 3h du mat, ca devient trop dur, c’est toujours toutes les 8 mn mais la douleur est maintenant insupportable, mais je me dis que je vais réussir. Je demande en gémissant au fond de mon lit à Rémy d’appeler M. pour conseil, car toujours 8 mn, ça m’inquiète. Elle me dit de prendre un bain chaud. Je le fais, j’aime bien, je me sens assez zen. A 4h je termine mon bain, en sortant, les contractions d’un coup sont toutes les 3 mn, je n’en reviens pas, je n’y crois pas. A 4h05 j’appelle M., 45mn après, elle est là. Les contractions sont toutes les minutes ou deux minutes, c’est super douloureux, en fait lorsqu’elles sont dans le vagin ou le ventre, je gère même si c’est atrocement douloureux, mais la douleur est de plus en plus souvent dans l’anus. En fait ça pousse dans l’anus, et cette douleur est ENORME, mais vraiment ENORME, elle m’empêche de respirer, je suis obligée d’hurler, y’a pas le choix. Mon anus pèse 10 tonnes : en gros ca poussait tout le temps. L’envie de pousser, ça peut soulager au moment de l’expulsion (pas moi), mais quand y’a rien à expulser, elle m’a détruite. Mon mari me masse le dos depuis des heures, dès qu’il retire ses mains, je lui demande de suite de les remettre, ça me permet de ne pas sombrer dans la folie, j’ai l’impression. De savoir aussi que je ne suis pas morte, que je suis encore là, que je suis en train d’aider ma fille à venir au monde. M. me masse les reins (points d’acupuncture) dès que la fameuse contraction dans l’anus apparaît. Quelques temps après, M. me demande si je veux un toucher vaginal, j’accepte au bout d’un moment mais j’ai peur du résultat : elle semble contente, je me dis cool je dois être au bout, et là elle me dit « je sens la tête et derrière, y’a le col, il est effacé et ouvert à 2/3 cm », moi j’étais un peu déçue …. Ceci dure jusque 8h30 du matin … Je n’en peux plus, je pète littéralement un câble … je veux mourir, je ne veux plus de ces douleurs atroces, inhumaines, j’ai l’impression chaque minute qu’on me torture … je demande à partir à la maternité pour une péridurale, je ne pourrais jamais pousser vu ma fatigue et la douleur, et puis ça n’avance pas selon moi, et j’en ai ras le bol … M. tente de me raisonner, car je pleure et suis déçue, elle me dit qu’il faut pas, qu’il vaut mieux partir que de souffrir comme je souffre … et Rémy lui tient la ligne de conduite que je lui avais demandé, mon garde fou, il essaye de me faire tenir, de me rassurer … mais je n’y arrive plus. Je sais aussi que pour Rémy, être à la maison lui permet d’avoir un rôle plus important, il est à l’aise aussi. Il peut parler, poser des questions, communiquer beaucoup plus aisément qu’en mater. M. me propose alors le 2e TV afin de voir si au moins j’ai passé 3 histoire d’avoir le droit de suite à la péri, sinon autant encore attendre ici … Là, toujours pareil, la tête d’abord, le col derrière, effacé ouvert à 3, je suis encore déçue, tout ça pour ça … mais M. me dit qu’elle est contente, elle ne sait pas comment décrire mais pour elle ca avance bien. Elle me redemande si je suis sûre de vouloir partir, je lui dis que je n’ai plus le choix, je vais devenir folle … elle appelle la maternité pour les prévenir, et les pompiers pour le transfert. Ils arrivent 10 mn à peine après. Deux hommes dont un désobligeant (nous a pris pour des fous …) et une femme, elle est gentille. Ils me mettent sur un fauteuil roulant, me sortent de l’immeuble, les gens dans la rue sont interloqués, moi j’hurle, je suis en vieille chemise de nuit toute moche, sans culotte, un gant que je m’applique sur la vulve. Du sang partout. Les cheveux en pétard … Ils me montent dans le camion, M. prend sa moto et nous suit. Et mon mari ? Il est où ? Ils m’allongent dans le camion, sur le dos, j’hurle. Là je vois une tête dehors à travers les vitres du fond du camion. C’est mon mari. J’apprends par la suite qu’il a du lutter pour avoir le droit de monter avec moi, un comble ! Bon, le voilà, il demande à la femme de me mettre sur le coté. Elle veut bien le faire. Elle me met un masque a oxygène sur le visage, il n’a pas agit, je sais d’ailleurs même pas a quoi ca sert, a calmer ? On arrive péniblement à la mater, on me met dans une salle de pré-travail, je suis seule avec mon mari, j’hurle, je ne gère plus rien, je gesticule dans tous les sens … On me demande de me calmer, j’hurle que c’est impossible, ca pousse trop dans l’anus, c’est insupportable !!! Ca fait trop mal !!! La sage femme qui s’occupera de moi, Sara, me dit de me mettre sur le dos, j’hurle que c’est IMPOSSIBLE !!! Je lui dis « je vous jure c’est impossible » entre deux contractions, puis hurle de douleurs, j’ai fait que hurler … d’ailleurs quand j’y repense, mon pauvre voisin du dessus … on aurait dit un animal qu’on égorge … Bref elle n’arrive pas a capter au monito le cœur de bb, elle capte mon cœur mais me fait croire pour me forcer a être sur le dos, qu’il s’agit du cœur de bb qu’on capte sûrement mal mais que le gynéco s’il voit ca, ni une ni deux me fera une césarienne … que je dois me mettre sur le dos pour mieux capter bb … et ainsi éviter l’appel à un gynéco. Mon mari me confirme doucement que je ne dois pas m’inquiéter, qu’il s’agit de mon cœur, qu’il est sur que bb va bien, moi aussi j’en suis sure. Car aux monitos qu’on a fait à la maison, ma puce gère super bien, son cœur est stable à 160, parfait ! Moi ce que je veux uniquement c’est qu’on me fasse la prise de sang pour avoir le droit à la péridurale (j’avais vu l’anesthésiste au 9e mois et on avait convenu que je ferais la pds le jour J si je venais demander une péri). Mais je bouge tellement que la prise de sang est laborieuse, je suis restée allongée sur le coté car je m’en fous du monito, je veux juste la prise de sang … voila la pds est faite, j’en garderai une trace énorme bleue durant dix jours … je suis de nouveau seule avec mon mari. Je lui demande pardon pour ce que je lui fais vivre, pour le transfert, pour l’inquiétude que je dois lui causer, et je demande pardon à ma fille de lui imposer une péridurale, de ne pas réussir à l’accompagner au bout … Et là, ca pousse plus que d’ordinaire encore. Je pousse, et je fais pipi, énormément, j’ai l’impression d’avoir inondé la pièce. J’hurle « ca pousse, ca pousse ! » une sf passe par là, me dis « on vous a fait un TV ? » je dis non, chez moi uniquement, ouverte à 3. Elle appelle donc Sara qui me fait un TV (le 3e et dernier de mon accouchement je crois), et me dit « bon bah pas de péri, vous êtes complètement dilatée … ». Ca doit faire 30 mn que je suis à la mater. Je crois que c’est à ce moment là que je vois M. arriver. Soulagement, elle peut rester, elle connait Sara. Toutes les deux vont donc m’aider à accoucher. Je me mets sur le dos péniblement, pieds dans les étriers, mon mari essaie de négocier la position sur le côté, mais j’ai pu de force, les étriers m’aident finalement pas mal ! M. est à ma gauche, Rémy à ma droite, et Sara en face de moi. J’hurle que je veux quand même la péri, que je pourrais rien faire … Mais bon … faut se mettre au travail. Quand je sens venir une contraction je pousse. C’est naturel. Cela va durer une bonne heure car bb remonte souvent. Rapidement je ressens la douleur de l’expulsion, j’ai cru que bb était sorti mais non, fausse joie, y’en a encore pour un bout de temps, j’ai du poussé sur une vingtaine de contractions… La douleur de cette heure a été inhumaine, l’impression que tout se déchire, j’ai cru avoir besoin d’une centaine de points de suture, je le dis à M. qui me dit de me calmer, de me concentrer, de la regarder ou de regarder Sara, de rester les yeux ouverts pour être plus efficace. Je ne calcule plus trop mon mari. Je sais qu’il est à coté de moi, ca me suffit, je veux juste qu’il soit là. Ca a été trop dur, trop dur … On me propose de toucher la tête de bb, je n’en ai plus la force, cela me fait même peur … Je suis moi-même déçue de ma réaction. Mon mari va voir, il voit la tête au loin. Il est content. Sara nous demande si c’était prévu un petit bb ou pas, M. lui dit que oui, suspicion d’RCIU depuis des mois… et là, Sara rigole. Je me dis « oh lala en fait j’ai un gros bb, je vais trop dérouiller quand la tête va sortir » … A un moment j’entends les ciseaux, et là j’ai la force d’hurler que je ne veux pas d’épisio. Sara me dit que c’est elle qui gère l’accouchement, pas moi … je le prends très mal et hurle que j’ai la loi avec moi, qu’elle n’a pas le droit, et que j’accepte que si souffrance fœtale… M. me dit de me calmer, que pour le moment il n’est pas question d’épisio. En fait bb a depuis longtemps la tête engagée, trop longtemps si ca avait été une personne moins à l’écoute de mes désirs, j’aurais eu une épisio … mais Sara a pris la peine de masser le périnée, durant de longues dizaines de minutes, afin de m’éviter l’épisio … Tout s’écartèle, ca brûle trop, j’ai mal jusqu’au clitoris … et à l’anus bien évidemment, lui il m’a pas épargné ! Je vois M. sourire à chaque fois qu’elle regarde la tête arrivée de bb, ca me rassure, je me dis que tout doit se passer bien. Parfois je pars complètement en délire, j’hurle réellement comme un animal, je bouge dans tous les sens et hurle que je ne peux plus rien faire … M. me canalise et je prends mon courage à deux mains. Ornella arrive, sa tête est sortie, j’entends Sara dire qu’elle coupe le cordon trop serré autour du cou, on ne peut pas le défaire par la tête. Quelques secondes plus tard, on me pose mon bb sur moi … je n’ai pas les papillons, je ne réalise pas, j’ai trop mal pour réaliser quoique ce soit. Ce moment me manquera à jamais. Ornella est toute recroquevillée sur mon ventre, toute mouillée. Il est 10h38. Le 3 mai 2006, 35h après avoir percé la poche des eaux, 35h de contractions. J’ai tellement eu mal que je n’ai pas senti la descente ni la sortie en tant que telle. J’ai eu mal en permanence, quasiment sans nuance, c’est tout. C’est dommage, j’aurai aimé « capté » ce qu’il se passait. Une nouvelle contraction arrive, Sara me dit de pousser un peu, le placenta sort tout seul, c’est une vraie délivrance et je le dis d’ailleurs, car déjà j’arrive bien à parler. S’en suit 20 mn de suture : j’ai une déchirure superficielle du vagin, 4 points de suture internes. Je râle que j’en ai marre, ca me semble une éternité, et en même temps je répète que je m’excuse pour le mal que je leur ai donné ! J’ai toujours Ornella sur moi, Sara me la prend ensuite une ou deux minutes tout prêt de moi (je la vois) pour faire le mini prélèvement gastrique suite au strepto B, pesée (2900g) et mesure (50cm, PC : 32 cm seulement !), et un collyre dans les yeux. Je demande à garder le placenta, c’est de suite accepté. Elle nous montre le placenta, la poche accrochée, nous l’ouvre pour nous montrer le volume. Elle le met dans un sac plastique (on n’avait évidemment pas prévu de récipient !). Je l’enterrerais cet été dans le jardin de mes parents, et y planterai un rosier par-dessus. Le rosier de ma puce. Je suis contente. On reste deux heures dans la salle, avec mon mari. Je reprends vite du poil de la bête. C’est dingue, les ressources qu’ont le corps et l’esprit… Je me demande comment je suis là, en vie, dans ce monde... J’ai cru finir à l’asile, d’ailleurs je l’ai assez dit en salle d’accouchement ! Ornella prend sa première tétée, je suis super contente. Je demande à boire, on m’amène un fond d’eau dans un verre que je garde et je demande à mon mari d’aller le remplir une fois la SF partie ! Ce qu’il a fait plusieurs fois car j’avais trop soif !!! Ornella me regarde, Ornella dort, Ornella est toute petite, elle ressemble à son papa, moi je pensais qu’elle me ressemblerait ! J’adore l’odeur, cette odeur qui est présente depuis deux jours, depuis la perte de la poche des eaux. Cette odeur qu’elle gardera jusqu’au lendemain, moment du bain, et cette odeur que je retrouverai en rentrant chez moi car mon mari n’a pas changé les draps, et j’en suis bien contente ! Je trouve que ca ressemble un peu à l’odeur de l’orange. Je passe la première nuit à l’hopital, je suis trop épuisée pour bien marcher et j’ai mal … mais ça va, tout le monde trouve que j’ai sacrément la pêche malgré ce que je viens de vivre ! Je dors avec Ornella dans le lit, je respire sa peau, son crâne, depuis qu’on m’a amené dans la chambre avec elle, je ressens cet instinct maternel, j’ai pu envie de la lâcher, j’ai pu envie de dormir, j’ai envie de la regarder tout le temps … Je suis sortie de la maternité le lendemain, j’ai signé la décharge et M. m’a fait les suites de couche à la maison. Je reste traumatisée par la douleur que j’ai ressentie. Le mot douleur n’est selon moi pas approprié d’ailleurs pour mon cas. Car ce fut une souffrance. Si la fin n’était pas si merveilleuse (la naissance d’un petit être, de ma petite fille), je parlerai même de torture. Cette tempête a été trop longue pour moi, je regrette que tout n’ai pas été plus vite, juste quelques heures de moins, j’aurais ainsi pu rester chez moi … Je suis arrivée au seuil de souffrance en cette nuit du 3 mai, et je n’ai jamais su redescendre. Je suis ravie néanmoins de n’avoir finalement pas eu la péridurale, j’ai accompagné ma fille comme je l’avais désiré. Il m’a peut être fallu partir de chez moi pour m’ouvrir enfin. Est-ce un hasard physique (j’ai finalement perdu d’un coup beaucoup de sang avant de partir de chez moi, et puis il y a le trajet mouvementé en camion) ou réellement un blocage psychologique ? Je ne le saurais jamais. C’était ainsi. Ce fut ainsi. Je n’ai donc pas eu mon AAD, cher à mon cœur. Mais j’ai eu un accouchement naturel (sur la fin malgré moi, mais j’en suis heureuse aujourd’hui). Ce que je voulais par-dessus tout c’était éviter la sur médicalisation, et çà je l’ai eu. Mais je regrette le trop de souffrance qui m’a fait loupé des moments magiques, je n’ai pu senti ma fille depuis le début de la nuit du 3 mai, je le regrette. Je me demande quand même encore, moins de deux mois après la naissance d’Ornella, si un jour je pourrais envisager d’avoir un deuxième enfant, et surtout ce que je choisirais comme accouchement. On me dit qu’on oublie les douleurs. Certes elles sont moins présentes, elles me hantent moins. Mais elles restent en moi … pour le moment … Récit de l’accouchement d’Ornella par papa
Pour commencer, il est important malgré le fait que je pourrais qualifier certains événements qui se sont déroulés de difficile ou stressant, je garde un excellent souvenir de l’accouchement. Cet accouchement devait à l’origine se dérouler à domicile avec M., sage-femme libérale.
A toi Ornella, Lundi 1er mai : La tension est importante. Tu devais arriver le 29 avril et toujours aucun signe de ta future arrivée. Il y a bien eu quelques fausses pistes où ta maman a eu des contractions pendant un couple d’heures (on y a cru pourtant) mais rien qui ressemble à un vrai travail. Mme G., sage femme, est venue faire le monitoring pour voir si ton cœur battait bien et si la tension de maman ne montait pas trop. Elle nous a conseillé quelques points d’acupuncture qui pourrait déclencher le travail et nous a donné la recette d’un grog à base de vodka, clous de girofle et gingembre. Je me suis donc évertué suite à son départ à appliquer les conseils d’accupuncture sans trop savoir ce que ça pourrait donner. L’attente était difficile. Nous savions que si rien ne se passait avant jeudi matin, l’accouchement serait déclenché par voie médicamenteuse, donc bien loin du projet de naissance que nous avions à l’origine. Le soir venu vers 23H00, Sandra prépare le grog et le boit, certes pas avec plaisir mais en pensant qu’il faut tout tenter pour arriver à ses fins. Une heure passe, nous nous décidons à aller nous coucher en espérant que l’effet se fera ressentir à un moment où à un autre. Sandra va aux toilettes et là, surprise, une humidité se fait ressentir et on voit rapidement que la poche des eaux est percée. Les larmes viennent aux yeux de ta maman. Etrangement, je ne suis pas du tout inquiet. Je ressens une certaine excitation et je me dis en secret : « Ca y est on va savoir, on va la voir ». Sandra court alors dans la cage d’escalier l’annoncer à la voisine et qui est elle aussi très heureuse que l’événement s’annonce enfin. Elle se précipite ensuite sur son téléphone pour prévenir sa famille de prendre les billets de train pour débarquer au plus tôt et au moins cher. Un coup de fil rapide est aussi passé à notre sage femme pour que les perfusions contre le strepto B puissent se faire. Alors que de nombreux coups de fil sont passés pour voir comment la famille francilienne viendra, M. arrive à la maison. Je suis alors chargé de faire les injections toutes les quatre heures via un cathéter posée à l’intérieur du coude de Sandra. On sait qu’une fois que les contractions seront plus importantes, nous rappellerons M. pour procéder à l’accouchement. Une heure passe pendant laquelle Sandra tente en vain de s’endormir mais les douleurs engendrées par le cathéter l’en empêchent, comme elles l’en empêcheront tout au long de l’accouchement malheureusement. Dans ce contexte arrivent alors les premières contractions forcement difficilement évaluable pour moi sur le plan douleur mais je vois bien que ta maman souffre pendant une minute d’une douleur dont on ne peut pas faire abstraction sans être tout de même des douleurs très intenses ou insupportables. Elles se calent sur un rythme de 7 minutes (une contraction d’une minute toutes les 7 minutes).
Mardi 2 mai : Des réactions dont on ne se s’attendait pas sont apparues. Sandra avait de fortes douleurs dès qu’elle se déplaçait. Cela réduisait grandement sa mobilité et de ce fait, ne permettait pas d’appliquer les conseils acquis lors de la préparation à l’accouchement avec Mme G. Sur les conseils de M., je m’endors laissant Sandra dans la pénombre pour se reposer en espérant qu’elle s’endorme à son tour. La nuit passe en me réveillant pour accéder aux demandes de Sandra et faire les injections. On espère alors que les contractions vont se rapprocher. Une ambiance étrange est en place ce jour là. Je regarde parfois par la fenêtre. La vie continue, les gens vaquent à leurs occupations mais je n’ai pas l’impression de faire partie de ce monde, comme dans une dimension parallèle. Il y a eu aussi dans cette journée des coups de fil malvenus de personnes voulant soit se renseigner sur l’avancement, soit pour donner des conseils. Ils ont été gentiment éconduits. Ce n’était pas du tout le moment pour ce genre de chose. Suite à un coup de fil de notre part, M. passe vers 18h pour voir l’avancement, faire un monitoring (qui s’est avéré encore parfait) et nous donner ce qu’il faut pour continuer les injections du médicament contre le strepto B. Elle nous dit alors que si le travail ne s’accélère pas, nous devrions aller vers 7h du matin à l’hôpital pour qu’ils prennent le relais. La matinée et l’après-midi, nous mangeons un minimum, simplement des gâteaux achetés pour l’occasion. Le soir, nous nous mettons tout de même à table pour manger un mini repas rapidement. Le stress revient en début de soirée car on sait qu’il y a une heure butoir qui nous obligerait à aller à l’hopital. La nuit avance, des contractions continuent à être présentes toutes les 7 minutes. Sandra qui n’a déjà pas dormi la nuit d’avant entame une seconde nuit blanche dans un état de fatigue déjà important.
Mercredi 3 mai : A trois heures du matin, nous appelons un peu désespérés M. pour savoir ce que l’on peut tenter au dernier moment pour enclencher le vrai travail. Elle nous conseille
de prendre un bon bain chaud. On s’évertue alors à préparer ça au mieux. Sandra y passe du temps. Une fois dans l’eau, les contractions deviennent plus supportables. Quelques minutes après la
fin du bain, nous rentrons enfin dans la phase tant attendue : Le travail, le vrai. On ne se doutait pas alors de la puissance des douleurs que cela allait engendrer. Les contractions
deviennent rapidement très rapprochées (2-3 minutes) et la douleur n’a plus rien de comparable avec celle vécues jusqu’alors. Elle retrouve de la mobilité. On en profite donc pour rester
debout. J’essaie comme je peux d’aider ta maman pour qu’elle souffre moins. J’ai logiquement beaucoup de peine de la voir souffrir de la sorte et je fais donc tout pour la soulager. Dans cette
optique, elle s’accroche à mes bras, le dos courbé en laissant tout son poids sur moi lors d’une contraction pour que ça passe mieux. On décide au bout d’environ une demi-heure de ces
contractions-ci d’appeler M. pour lui demander de venir car on a l’impression de le travail approche de la fin. Au moment où j’ai M. au téléphone il est environ 4h’ du matin, Sandra
hurle tellement fort que j’ai du mal à l’entendre au téléphone. Je comprends tout de même le principal, c’est-à-dire qu’elle arrive assez vite. Les douleurs persistent et les contractions sont
toujours aussi fortes et rapprochées. M. arrive finalement au bout d’à peu près 45 minutes. J’ai trouvé le temps long à l’attendre surtout que vu l’état de ta maman qui était pas à la fête
avec tant de douleurs. Je continue de l’aider comme je peux par des positionnements ou des massages du dos. 4h50 : M. arrive. Sandra essaie de lui exprimer comme elle peut ses
douleurs. A partir de là, Sandra perd énormément en mobilité. Elle a beaucoup de mal à se lever du lit et à se déplacer. Elle fait tout de même l’effort de rester debout en essayant de trouver
des positions qui pourrait lui faire vivre un peu mieux la douleur. M. s’applique à exercer des points d’acupuncture au niveau du bassin pour favoriser l’ouverture de celui-ci. De mon
côté, je continue à la soutenir mais la position debout où elle s’appuyait sur moi ne l’a satisfait plus du tout. Elle demande par contre que je redouble de massages dorsaux. Il est environ 5
heures du matin. M. propose à Sandra un TV pour savoir l’état d’ouverture du col. La première tentative s’est soldée par un échec car Sandra n’a pas supporté les sensations que ça lui a
procuré. La deuxième tentative réussit dans la douleur, Sandra prenant sur elle pour savoir enfin le degré d’avancement de l’accouchement. Là j’ai été surpris (et Sandra déçue) d’apprendre que
le col n’était ouvert qu’à 3 cm. Devant sa déception, nous (M. et moi) essayons de lui dire que c’est très bien et que ça peut aller très vite. Pour ta maman, les douleurs sont déjà trop
dures à supporter, la fatigue aussi de deux nuits blanches aussi joue à ce moment là sur son moral. M. nous laisse pendant une petite demi heure environ seuls. Elle avait eu des appels
dans la journée et donc des messages à écouter. Donc vers 6h’, Sandra, épuisée avec des douleurs toujours plus dures à supporter, demande à être transférée à la maternité pour avoir une
péridurale. Nous faisons mine de pas entendre mais je sais en moi ce que ça veut dire sur son état mental et physique. A partir de là, Sandra nous dit souffrir de douleurs dans les fesses. Elle
reste allongée sur le lit sur le côté ce qui me permet de lui masser le dos. M. est en face de moi. J’avais oublié de préciser que sur ses demandes (et ce depuis le début de
l’accouchement), je lui préparais des gants chauds pour que ça la soulage ou alors je lui faisais une bouillotte bien chaude. 7h : Au moment des contractions, des hurlements sortent. Ses
cris ressemblent à ceux d’un animal blessé. Ca glace le sang et ça me fait énormément de peine. Elle se tord de douleur de tout son corps, comme s’il devenait incontrôlable. J’essaie de lui
faire se concentrer sur sa respiration pour que ça passe mieux mais la douleur est trop intense pour qu’elle puisse gérer quoi que ce soit. Les demandes de recours à la maternité se font plus
pressantes. Je lui réponds en lui disant qu’elle a fait le plus dur et en l’encourageant et en lui montrant que c’est déjà très bien ce qu’elle fait. M. en fait de même. Mais ça n’avance
pas vraiment. Un deuxième TV aussi pénible que le premier nous met devant un constat difficile : le col ne se dilate pas, il est en toujours à 3 cm. Dur à entendre surtout qu’on
s’évertuait à dire à Sandra que ça avançait et que les douleurs servaient à t’accompagner dans son avancée dans son bassin. Aux alentours de 8h30, Sandra demande à M. d’appeler la
maternité. Elle veut la péridurale encore possible à ce niveau de dilation. Je suis un peu déçu mais m’efforce de ne pas trop le montrer. Sandra a du le ressentir vu qu’elle s’excuse auprès de
moi dès que M. est sortie de la chambre. Je la rassure comme je peux. M. revient nous dire que les pompiers arrivent et que nous allons être transférés à l’hôpital. Je ne sais pas
comment mais on arrive à s’entendre pour qu’elle vienne avec nous à l’hôpital et voir une fois là bas ce qu’il est possible de faire. J’ai eu assez peur à ce moment là qu’elle nous laisse et
que nous nous retrouvions « seuls » à la maternité. 9h00 : Les pompiers débarquent tels des cow-boys surtout celui qui semble être le chef. Ils arrivent comme s’ils étaient chez
eux. Le « chef des pompiers » demande à Sandra de s’asseoir mais ça lui ai absolument impossible donc elle répond par une phrase pas sympa tout à fait normal au vu de son état. Cet
abruti ose demande alors à Sandra de se calmer. A partir du moment où ils arrivent, beaucoup d’événements (ouverture de la porte d’entrée, réponses aux questions des pompiers, récupération des
affaires nécessaires pour l’hopital alors qu’on a rien préparé, récupération de Cooki notre chat dans la cage d’escalier) se déroulent à une vitesse ahurissante ce qui fait que je ne vois
presque pas Sandra pendant facilement 10 minutes. Dès leur arrivée, mon stress augmente d’un coup. Je ne suis plus du tout rassuré. Alors que jusque là j’avais l’impression qu’on maitrisait à
peu près la situation, là j’ai eu la sensation que tout pouvait arriver et que ça pouvait virer au cauchemar sans penser à rien de particulier. Je prends les affaires, jette un dernier coup
d’œil dans l’appartement pour vérifier que rien ne dangereux reste à disposition de Cooki le chat et je fonce vers l’ambulance. Je suis arrêté par Cécile notre voisine qui me demande si tout va
bien. Je lui réponds d’une moue en disant juste un « Pas vraiment » pas forcement rassurant pour elle. J’arrive devant le véhicule des pompiers et demande à y entrer. Le
« chef » me refuse l’entée et me demande de prendre ma voiture. Je lui dis que j’en ai pas et me fait patienter car elle est en train d’être préparé. Mon stress m’empêche de m’énerver
contre lui mais quand j’y repense, je me dis qu’il a clairement abusé. J’entre finalement dans le véhicule et Sandra le remarque par une petite phrase. Le véhicule avance difficilement dans la
circulation vu l’heure de pointe. Alors que Sandra a été placée sur le dos (position la plus douloureuse pour elle lors de contractions), je demande à la femme pompier présente s’il est
possible qu’on la place sur le côté. Autre détail que j’ai trouvé impressionnant sur le moment, c’est le masque à oxygène placée sur le visage de Sandra. Pendant le trajet, je distingue
M. nous suivant en moto. 9h20 : Arrivée à l’hopital. La situation continue d’être impressionnante, presque irréaliste. Je vois des lieux que je connais mais je n’ai pas l’impression
qu’ils ont le même aspect que les autres fois. Nous traversons le hall de la maternité par la porte habituelle où tous les patients attendent, où les gens pour les visites arrivent… Je n’ai
croisé aucun regard. Ma vision était bloquée sur le brancard qui transportait Sandra plus loin dans la maternité. En passant, je distingue tout de même M. en train de parler avec une des
sages femmes dans un bureau. Nous arrivons dans la chambre. Une fois de plus, on essaie de faire asseoir Sandra sur le dos de manière à faciliter le monitoring. Ils tentent de nous
impressionner en nous montrant des chiffres bas du monitoring. Je ne les prends pas en compte sachant que le monito est train de capter le cœur de Sandra et pas le tien. Sandra hurle encore
plus fort qu’à la maison. Ses cris sont à leur apogée et j’imagine que les douleurs aussi. On a même parfois l’impression qu’elle délire. Elle réclame des calmants, la péridurale, n’importe
quoi pour que cesse cette douleur insupportable. Je suis alors assis à ses côtés essayant de la raisonner. Les minutes sont longues et on nous fait patienter un moment avant que les procédures
commencent en vue d’une péridurale. Une sage-femme nommée Sarah arrive pour faire des prises de sang avant que la péridurale puisse se faire. Devant se mettre sur le dos, la procédure prend un
certain temps. Il faut dire qu’à ce moment là, le ton et les mots employés par Sarah pas vraiment adéquates (trop dur et sans prise en compte de sa douleur) ne poussent pas Sandra à lui obéir.
Heureusement par la suite il en sera autrement. On nous laisse ensuite un peu seuls dans la salle d’accouchement. Quelques minutes plus tard (vers 10h), Sarah revient pour faire un TV pour
connaître le degré de dilatation du col. Une fois de plus, le placement dorsal occasionne de fortes douleurs à Sandra. Au moment du toucher, je croise le regard de Sarah et alors qu’elle est
encore en train d’examiner Sandra, je vois son visage changé de façon étonnante et un sourire presque complice se dessine sur son visage. Elle me dit un simple « ça y est, on est à
complet ». Elle dit alors à Sandra « Vous n’aurez pas de péridurale, vous êtes à dilatation complète, vous allez accoucher ». Sandra hurle alors pour demander un médicament pour
lui faire stopper la douleur. Très rapidement alors, de nombreuses sages femmes (ou infirmières je ne sais pas) arrivent, mettent en place la place la table et d’autres choses autour. C’était
très impressionnant. Je savais alors que d’ici quelques minutes, d’une manière ou d’une autre tu allais naître et j’avais un sentiment mêlé entre crainte de cet inconnu et impatience de voir
enfin ma fille. M. entre elle aussi dans la place. J’étais très heureux de la voir arriver. Ca m’a rassuré en quelque sorte. Alors qu’elles sont en train de placer ses pieds dans les
étriers, je demande s’il n’est pas possible de la faire accoucher sur le côté (connaissant les désagréments possibles d’un accouchement dorsal). M. me répond d’un ton clair et direct que
vu l’état de Sandra, ça ne sera pas possible. Lui faisant totalement confiance, je ne m’y oppose pas. Sandra est inquiète. Elle a l’impression qu’elle n’aura plus de force pour pousser. Malgré
tout, en suivant les conseils de Sarah, elle commence à pousser en inspirant bien et en retenant son souffle au moment de la poussée. Mais après quelques poussées, cela n’avance pas
correctement. Le monitoring indique aucun problème au niveau de la rapidité de ton petit cœur. M. tente de prendre les choses un peu plus en main. Sandra reste les yeux rivés sur
M. qui lui donne les indications et l’aide par un mouvement de bras avec le drap du lit (je n’ai pas bien compris ce qu’elle faisait je l’avoue). La progression n’est certes pas très
rapide mais cela avance alors mieux. A un moment entre deux poussées, je distingue très furtivement dans mon dos des regards croisés de SF me désignant avec un petit sourire. Je ne sais pas
comment l’interpréter mais sur le moment j’ai eu l’impression qu’elle disait comme si c’était bien (sans être non plus exceptionnel, juste bien) qu’un mari encourage sa femme lors de
l’accouchement. Ce n’est pas du tout modeste mais je l’ai senti comme ça. Je sais plus exactement quand ni comment mais je demande à un moment donné si je pourrais une fois née t’habiller.
Elles acceptent sans problème. 10h30 : Ton corps avance. Sarah me propose de regarder ta tête. J’avais déjà remarqué (malgré la présence d’un drap simplement posée sur le ventre à Sandra
et sur le début des cuisses donc qui ne cache pas grand-chose) de divers liquides et du sang était présent. Je décide tout de même de regarder. Sarah écarte les lèvres de Sandra et je peux voir
une minuscule tête engagée dans le vagin trempée de sang. Surprenant mais absolument pas dégoutant ou dénigrant pour la femme. Entre deux poussées douloureuses, ta maman évoque la possibilité
d’un retard de croissance d’Ornella. En faisant une moue caractéristique, on comprend qu’il n’y aura absolument pas de RCIU. Alors que le travail est encore plus avancé, j’ai pu à nouveau suite
à une proposition de Sarah voir ta tête cette fois déjà bien sortie (d’environ 2-3 cm). Encore une fois, je l’ai trouvé très petite. On voyait très bien le chevauchement (on aurait cru des
plaques qui s’imbriquaient entre elles, comme un puzzle). 10h38 : Sur une dernière poussée salvatrice, TU ES NEE. Tu es de suite entourée d’une serviette et portée sur le ventre à Sandra.
Je croise le regard de Sandra et je suis au bord des larmes alors qu’un torrent incroyable d’émotions m’envahit. Cette sensation est unique et indescriptible. Elle est aussi extrêmement
agréable à vivre. Une fois posée sur ton ventre, ta maman te regarde pour voir à à qui tu ressemble, te parle aussi. Tu émets des petits cris un peu étranges comme des gémissements d’oisillon.
Vu que tu es née après terme, tu n’es pas rougie, boursoufflée ou tâchée. On dirait presque que tu sors déjà du bain. Malgré tous ces heureux moments, l’accouchement n’est pas fini.
M. nous quitte car elle a des rendez vous importants, elle me dit qu’on se recontactera plus tard. Sarah demande à Sandra de pousser, il reste à délivrer le placenta. Au bout de seulement
deux petites poussées, il est éjecté. La sage femme nous demande gentiment ce que l’on souhaite en faire, ce à quoi on lui répond que nous voulons le garder. Elle l’examine et nous montre par
la même occasion comment est fait un placenta avec la poche dans laquelle tu étais. On nous laisse alors seuls pour profiter de notre petite fille qui vient d’arriver dans ce monde. Mais
rapidement Sarah revient. Il faut maintenant recoudre ta maman. Ton passage a crée une petite déchirure (superficielle), des points sont nécessaires. Sarah anesthésie localement la région où
elle va intervenir. Sandra souffre encore, c’est la souffrance de trop, même si la douleur n’a rien de comparable avec l’accouchement. Cela dure facilement un quart d’heure. Sarah fait très
attention aux ressentis de Sandra en lui demandant plusieurs fois comment elle ressent ce qu’elle fait. Cette fois ci, les sages femmes nous disent qu’elles nous laissent profiter pendant 20
minutes histoire que Sandra se remette un peu de ses douleurs et aussi de ses émotions. La suite ça sera peut être dans un prochain document que je pense finalement écrire : Les premiers
mois d’Ornella.
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