Récit de Daphné


Jeudi 25 octobre Je suis à DPA-1, aucun signe d’accouchement imminent, bébé est bien descendu dans le bassin depuis une semaine. Malgré mes "efforts" : encollage de carrelage, pose de papier peint, marche etc... rien n’y fait !

Ce jeudi matin : je suis réveillée vers 5 heures par un bon tiraillement au niveau du ventre. J’attends, ça se renouvelle toutes les 10 minutes environ. Je laisse mon chéri dormir, je me fixe 7 heures pour me lever pour savoir si le travail est vraiment en train de commencer. Et puis je ne veux pas me hâter. J’attends, tranquillement installée dans le lit. Les contractions sont assez espacées mais elles prennent bien le ventre et le sacrum, "c’est bon signe" je me dis.
Vers 7 heures, mon homme ouvre un oeil, je lui annonce qu’il ne va sûrement pas aller travailler ce jour là. Il est content, 10 jours avant il avait eu l’intuition forte que j’accoucherai le 25.
Mon fils se réveille et comme à son habitude, il vient directement dans notre lit et se blottit contre moi pour faire un énorme calin. Et là il me sort "moi tirer fort bébé" d’un air hyper convaincant. Oh oh, c’est donc vraiment pour aujourd’hui ! chouette ! Vu que les contractions ne cessent pas, j’envois un texto à ma sage-femme pour l’informer de ce qui se passe : on est jeudi et c’est le jour où elle va travailler sur Marseille (à l’opposé de là où on est). Elle me répond qu’elle m’appelle vers 8 heures et qu’il faut que je lui téléphone avant si les contractions s’intensifient.
On petit-déjeune en famille, je vaque à mes occupations habituelles entre les contractions, elles ne sont pas douloureuses. Je découvre qu’en m’appuyant les 2 mains sur une table, penchée en avant, je ne ressens aucun tiraillement, ça "serre" le ventre mais ça ne fait pas mal. Les contractions ont un rythme anarchique, certaines s’enchaînent toutes les 3 minutes, puis elles s’espacent toutes les 7 minutes.
Quelques unes commencent à être douloureuses. Je ne veux pas que ça aille trop vite, je m’assieds et reste calme quand je sens que ça s’intensifie trop vite, mais je ne veux pas non plus que ça s’arrête, si elles s’espacent trop, je me remets à marcher et à bouger.
A 8 heures j’ai la sage femme au téléphone, elle m’informe qu’elle va prendre la route pour venir chez nous. Je ne sais pas trop quoi penser, je me dis que peut-être elle viendra trop tôt mais dès que les contractions se rapprochent à nouveau, je pense "qu’elle fasse vite si jamais ça s’accélère d’un coup". Puis petit à petit, plam plam plam, tout ralentit, je n’ai plus de contractions, j’attends.
Une demi-heure : plus rien ! Argh j’ai les boules, oh non pas un faux travail... Je rappelle la sage femme, elle vient de partir, elle va donc faire demi-tour pour se rendre à Marseille, je suis dé-goû-tée. On se retrouve un peu dépités avec mon homme. Tant pis... Je m’occupe l’esprit pour ne pas y penser, je range la maison, je nettois la cuisine, et régulièrement je sens ces vagues qui reviennent. Je n’y prête pas trop attention, pas envie de me focaliser sur la moindre tension. Je lave le seau qui sert pour la serpillère, aïe purée je commence à douiller sur certaines contractions. Je remarque que si je suis détendue et pas en mouvement quand la contraction arrive et que je m’appuis bien sur la table, je ne ressens pas de douleur. En revanche, si une arrive alors que je ne suis pas totalement au repos, les muscles ne sont pas assez détendus et là je douille, au niveau du bas ventre et du sacrum. C’est un peu folklo, je continue mon "ménage", je mets une lessive en route, je n’ai jamais mis autant de temps à charger le tambour, regrouper le linge, se pencher en avant, sentir la contraction arriver, se précipiter vers la table du salon ou de la cuisine pour vite m’appuyer, attendre que ça passe, retourner à la buanderie, continuer à charger le linge.... J’ai du mettre 20 minutes à lancer cette machine !
Il doit être 9 heures et quelques, je me rends à l’évidence que je ne peux plus continuer à vaquer entre les contractions, il faut vraiment que je sois hyper détendue quand la suivante arrive pour ne pas ressentir de douleur. Je reste donc toujours à proximité d’un table, pour m’appuyer fortement dessus quand l’intensité monte. mon homme vient placer de temps en temps sa main au niveau de mon sacrum, ce petit geste me fait beaucoup de bien. Nous avons appris en haptonomie à évacuer la douleur par le bras de mon homme, et ça marche, je ressens comme un flux qui s’échappe par la main de mon homme et m’empêche d’avoir mal.
Vers les 10 heures, je me rends compte que ma SF, P., a laissé un message sur mon portable, je ne l’ai pas entendu sonner. Elle me dit que finalement elle ne va pas aller sur Marseille, elle ne le sent pas, elle préfère venir nous voir. Ouf je suis rassurée, je sens que le travail commence à devenir sérieux. mon homme appelle la doula pour l’informer que ça sera pour aujourd’hui, on lui dit de ne pas se presser, que ce n’est pas pour tout de suite. Ca tombe bien car elle bosse la matinée. Elle prendra donc la route vers midi après être passée chez elle pour se changer et se doucher. On informe aussi notre haptonome qui viendra aussi assister à l’accouchement. Mon fils s’agite, il a besoin de bouger, il va jouer dehors. On lui demande s’il veut aller voir la voisine, il répond que oui. Etonnant, lui qui ne veut plus me déscotcher depuis un mois. Soit ! mon homme appelle la voisine, elle est d’accord pour le garder un moment. Il partent ensemble. Mais je les vois revenir tous les deux 10 minutes plus tard, hé non mon fils n’a pas voulu quitter son papa. Ce n’est pas grave, qu’il reste là, il va aller jouer dans le jardin.
Les contractions continuent à s’enchaîner, toutes les 6 minutes environ il me semble. Je reste accolée à ma copine la table. P. ne va pas tarder à arriver.
Vers 11h, ne la voyant pas arriver, je l’appelle. Elle a du s’arrêter à Bollène dans une pharmacie pour acheter des doigtiers car elle s’est rendue compte qu’elle les avait oublié chez elle. Elle arrive 20 minutes plus tard. Elle est supra cool, elle s’assied tranquilement à la table de la cuisine (sans moi je ne suis bien que debout !). On papote. Elle observe discrètement comment je me comporte. On boit un coup, tisane pour moi, café pour elle et mon homme. Elle commence à passer ses coups de fil pour annuler ses rendez-vous du jour, ça prend du temps vu qu’elle n’avait que des groupes de 6 personnes à voir ce jour là. Pendant ce temps je douille un peu. Je prends le ballon d’accouchement, je m’assied dessus, j’y suis super bien, les contractions, qui commençaient à être douloureuses debout sont tout à fait gérables dans cette position. A tel point que je ne les sens même plus. J’ai l’impression que le travail se ralentit, j’alterne donc la position debout pour les relancer et dès que c’est un peu douloureux, je me rassieds sur le ballon, jambes écartées, dos arrondi et ça se calme tout de suite. On papote de tout et de rien avec la sage femme entre les contractions. Elle m’observe et elle me dit que je n’ai pas à me lever pour relancer les contractions, que si je suis bien assise sur le ballon, il vaut mieux que j’y reste, que les contractions sont aussi efficaces assise que débout. Ok très bien ! ça m’arrange car je suis super bien dans cette position.
Les contractions s’enchaînent, toutes les 5 minutes environ. Certaines me font mal, P. se place derrière mon dos, elle appuit sur le sacrum, sur des points précis d’acupuncture qui anesthésient la douleur : et ça marche super bien. Comme si le flux douloureux s’échappaient par ses doigts. Elle montre les points à mon homme. Je le guide pour qu’il appuit précisément à ces endroits car quelques centimètres à côté et ça n’agit pas. A chaque contraction, P. ou mon homme pressent ces points, quel soulagement. Mon homme avait commencé à préparer à manger, il est vite débordé à jongler entre mes contractions et l’eau qui boue. Il renonce à faire cuire les steacks et se rabat sur une pizza congelée et des ravioles.
P. veut m’observer. Je suis d’accord mais qu’on me fasse suivre le ballon, je ne peux plus m’en passer, je ne suis bien qu’assise dessus. Il faut monter à l’étage, je grimpe vite fait quand une contraction finit pour être vite installée comme il faut sur le ballon là-haut. On est dans la chambre du bébé, c’est là qu’il devrait naître, on a préparé cette pièce exprès, tout y est, le matériel médical, aspirateur à mucosités, bouteille d’oxygène, lingettes, draps, couvertures, coussins etc... J’ aborde plusieurs contractions sur le ballon avant de me décider à m’allonger sur le lit pour que P. fasse un toucher vaginal et un monito. Il me faut toujours quelqu’un pour appuyer sur les points d’acu du sacrum, je ne peux plus m’en passer. Je préviens dès que je sens une contraction monter pour que vite vite P. ou mon homme vienne placer leurs doigts aux bons endroits. C’est essentiel que les doigts soient placés et appuient sur les points dès que la contraction arrive car si la pression arrive tardivement après le départ de la contraction, ça n’agit pas. Je prends mon courage à 2 mains pour enlever mon pantalon et venir me placer sur le dos sur le lit. Je demande à P. de faire vite. Elle enfile un doigtier, effectue un toucher vaginal, aïe c’est terrible comme ça fait mal, la tête du bébé est très très basse, P. doit passer en dessous pour aller chercher tout au fond le col. Je m’accroche, je ne supporte pas cette douleur. Elle m’annonce que je suis à 4 : hourra je trouve ça génial, ça avance bien. Elle aussi est très contente. Je me replace vite sur le ballon car les contractions couchée sont intolérables. Je me remets dans ma position favorite, jambes écartées, buste penché en avant, un garde fou placé derrière à chaque contraction pour me soulager le sacrum. On fait le monito dans cette position, P. veut juste s’assurer que le rythme de bébé est bon. Pas facile de tenir l’embout du monito quand une contraction arrive. Je suis bien installée, je suis derrière la vitre, le soleil chauffe la chambre, on a mis aussi un peu de chauffage. Je suis bien, j’ai bien chaud. Dehors le ciel est tout dégagé, normal car il y a du mistral. J’entends les chiens aboyer, notre doula arrive.
Quelques minutes plus tard, elle entre dans la chambre. Tout de suite elle s’est mise dans l’ambiance, elle est calme, détendue et discrète. Je suis vraiment contente de la voir, elle est très douce. Rapidement elle prend le relais de P. qui lui a montré les points d’acupuncture. Elle a un toucher très léger, super doux, et très efficace, elle n’appuit quasiment pas sur les points mais la douleur s’échappe toute seule par ses mains, c’est magique. P. descend pour manger un bout. Mon homme et la doula se relaient.
Vers 14 heures, mon homme va coucher mon fils, il ne faut pas qu’il louppe sa sieste sinon il va être ingérable. Mon homme s’occupe de lui, mon fils s’endort rapidement. On papote tranquillement avec la doula à voix basse. C’est très cool, elle est super présente pour me soulager pendant les contractions et super discrète et zen entre les contractions. Je suis bien, je gère, je ne suis pas du tout embarquée par la douleur comme lors de mon premier accouchement, je savoure la bonne chaleur du soleil qui passe à travers la vitre. Je vois la voisine emmener les enfants à l’école. C’est magique : je suis en train d’accoucher et dehors la vie se déroule normalement, drôle d’impression. P. revient dans la chambre, elle veut refaire un toucher pour voir où ça en est. Argh pas envie....
Je m’allonge, entourée de mon homme et de la doula dont je tiens la main, mon homme prêt à appuyer sur mon sacrum. Je suis toujours à 4, ça passe à 5/6 pendant la contraction (hum vraiment pas fameux le TV pendant une contraction !). P. me suggère de bouger, il faut que ça s’intensifie maintenant. Les contractions ne sont pas toutes régulières en intensité, il faut que ça s’amplifie. Elle me suggère de marcher, et mieux de descendre et monter les escaliers. J’appréhende, je ne veux pas quitter mon ballon moi ! Je prends mon temps, pas envie d’y aller, je reste encore sur mon ballon pendant plusieurs contractions. Je demande à P. s’il est possible de prévoir le ballon dès que je sens la contraction arriver. Pour elle pas de problème, il suffit que je les informe et ils me le préparent tout de suite. Je me lève donc. Je me dirige vers le couloir. P. me montre comment faire dans les escaliers : il faut que je descende sur le côté en crabe, dos contre le mur, et que je fasse une pause à chaque marche pour basculer mon bassin en rétropulsion appuyée au mur. Je m’exécute, mon homme est à côté de moi. Je le supplie de m’appuyer sur le sacrum quand la contraction arrive. Ce qu’il fait. Il se débrouille pour glisser ses doigts entre le mur et mon sacrum pour me soulager. C’est douloureux. Il se passe aussi quelque chose sur d’autres plans. Je sens que ça me brasse intérieurement. P. veut surtout que j’arrondisse mon dos, jusqu’à maintenant j’avais tendance à me cambrer. Là il faut passer à autre chose pour que bébé se place bien pour dilater le col. Je descends et je remonte les escaliers avec pause sur le ballon en bas.
Je suis brassée, je sens que des choses émotionnelles remontent. Je me mets à pleurer, pour ne rien garder au fond de moi. La doula et mon homme sont là. Je pleure comme une enfant, je n’arrive pas encore à identifier ce qui se passe, juste je sens que je suis en train de traverser un gros truc. Je me retrouve en bas des escaliers, je me mets sur le ballon. Je sens que tout ça est en rapport avec ma mère, et avec ma propre naissance. Puis j’arrive à percevoir que des choses sont arrivées à ma mère lors de sa propre naissance, comme si elle arrivait dans un monde hostile qu’elle ne pouvait appréhender. Je ressens alors toute la détresse très subtile qu’elle transporte. Je comprends alors pourquoi elle n’a pas pu me laisser naître par voie basse. Et comment moi je devais comprendre que la vie ce n’est pas ça, non ce n’est pas l’enfer sur terre, tout ça ce ne sont que des conflits. Et je pleure et je pleure, j’explique en gros à la doula et mon homme ce que je perçois, c’est difficile de mettre des mots sur des sensations aussi fortes. Je laisse évacuer tout ça par les pleurs un moment, la doula, P. et mon homme me suggèrent d’aller prendre un bain.
J’attends un peu, je veux garder la "carte" bain, je ne veux pas aller trop vite. Je reste encore un bon quart d’heure en bas sur le ballon, près du feu puis je dis à mon homme que je veux bien qu’il me fasse couler un bain. J’ai l’intuition qu’il est temps d’appeller notre haptonome pour qu’elle vienne. Un quart d’heure plus tard, je monte vite les escaliers entre 2 contractions. Je me déshabille et m’installe à genoux, penchée en avant dans l’eau bien chaude. Aïe les contractions font très mal. Mon homme et la doula sont près de moi, mon homme se tient prêt à chaque contraction pour m’appuyer sur le sacrum, je ne peux plus me passer de ça, surtout pas. Je commence à gémir sur chaque contraction, la doula et mon homme m’accompagnent en faisant eux-mêmes des sons. Ca m’aide beaucoup. Je m’agrippe à la main de la doula, elle me fait vraiment du bien. Entre les contractions, j’intéragis avec eux, je cherche des solutions pour mieux gérer la douleur. Je change de position rapidement car j’ai des fourmis dans les jambes. Je me mets assise, dos arrondi, sacrum bien câlé au fond de la baignoire. Cette position me fait du bien, elle dégage mon bassin. J’alterne entre ces 2 positions. Je commence à avoir du mal à gérer la douleur. P. prend le relais de mon homme.
J’ai l’impression que je n’arrive plus à évacuer la douleur, c’est comme si énergétiquement, ça stagnait, le flux ne s’échappe plus, comme s’il ne savait plus où aller et donc reste coincé dans le bassin et provoque cette douleur. C’est très désagréable. P. a l’idée de tester d’autres points d’acupuncture, ils se situent qqs doigts au-dessus de la maléole interne (au-dessus de l’os intérieur de la cheville). Ahhhhhhhhhh, enfin je sens le flux qui trouve un chemin pour s’échapper, la douleur s’évacue par ces points. Ces points servent à me rattacher à la terre. Je n’y arrivais pas seule, et là le chemin est trouvé. C’est mon grand défi, faire naître mon enfant par voie basse, volontairement, trouver le chemin, celui que je n’ai pas trouvé pour faire naître mon fils. J’ai l’intuition depuis très longtemps qu’il est essentiel que j’y arrive, que c’est ce bébé qui va m’aider, il connait le chemin, il va maider, il me "l’a dit".
Avec la pression de ces points, je sens que des portes s’ouvrent. la doula, qui a pris le relais de P., sent comme c’est fort tout ce qui s’échappe, son bras chauffe tellement ça s’évacue. Je sens enfin que ça circule à nouveau dans mes jambes, quel bien être... La douleur est toujours là mais moins forte, plus gérable surtout. J’entends qu’en bas notre haptonome est arrivée, elle est toute speed, comme depuis ces 15 derniers jours où on la sent un peu stressée avec mon homme. Je dis à la doula : il faut qu’elle rentre dans l’ambiance et qu’elle sente l’énergie de cette naissance avant de monter. Je sais que mon homme va s’en occuper, on en avait parlé avant. Je l’entends discuter avec P., petit à petit la voix de notre haptonome se fait plus douce, plus posée, pari gagné. Je ne veux pas qu’elle monte tout de suite me voir, je sens que ce n’est pas encore le moment. Les contractions se font bien sentir, je gémis sur chacune. Mais je sens que je bloque, que je ne "veux pas y aller". Avec la doula j’en discute, j’ai l’impression de vouloir trouver un échapatoire. Or il n’y en a pas. Il me faut un moment pour comprendre que maintenant il va falloir y aller, pas le choix. La doula me suggère de me mettre dans ma bulle, d’arrêter de parler entre les contractions et de me laisser embarquer dans mon monde intérieur. Mon homme est là. Je me résigne donc, fini de "gérer" les contractions, maintenant go, pas le choix, il faut que je plonge, il faut que je le fasse ce grand saut dans la douleur. Je vois bien que de toute façon, je ne fais que retarder ce moment depuis longtemps. J’inverse toute la tendance, je rentre tout de suite dans mon monde intérieur, pendant les contractions je m’autorise à ressentir la douleur, à l’accepter, à me faire porter par la vague et j’accompagne cette douleur avec des sons, en serrant la main de la doula. Je n’ai plus besoin de prévenir que la contraction arrive, mon homme la perçoit et place ses doigts sur mon sacrum au bon moment.
Plusieurs contractions passent ainsi, la doula et mon homme me proposent de me rendre dans la chambre. Les choses sérieuses commencent je me dis... J’accepte. Je me lève et je sors de la baignoire, je suis toujours dans mon monde, je m’y enfonce à chaque fois un peu plus à chaque contraction. la doula et mon homme me sèchent, P. est là aussi. Arrivée dans la chambre, elle m’indique de me coucher sur le côté afin qu’elle puisse une nouvelle fois examiner le col et aussi faire un monito rapide pour écouter le coeur de bébé. Je ne réfléchis plus, j’exécute. Je trouve juste la force de dire à mon homme de faire monter l’haptonome. Je me retrouve allongée sur le côté. J’appréhende le toucher vaginal, je m’agrippe fortement aux mains de la doula. Elle se place en face de moi, sa présence me fait un bien immense. P. effectue le toucher, aïe aïe aïe, mon homme est là pour le sacrum. P. dit qu’il reste juste une bande de col. Je reste sur le côté le temps de faire le monito. Je suis complètement dans ma bulle, mais je suis aussi avec toutes ces personnes qui m’entourent.
J’entends mon fils qui se réveille (je saurai par la suite qu’il est environ 16h30), mon homme part s’occuper de lui. l’haptonome entre dans la chambre. Je sens des mains fraiches qui s’appliquent sur mon front, ce contact est extrèmement réconfortant, c’est dingue l’énergie qui peut passer à travers le contact. Je suis broyée par la douleur, la position est difficilement tenable. Mais je n’ai pas la force de bouger. Une fois le monito fini (ça a pris seulement qqs minutes), P. propose que je bouge, que je change de position. Je suis d’accord, je ne suis vraiment pas bien comme ça.
Dans un état un peu comateux, je me tourne, je sens qu’on m’aide. J’attrappe 2 gros coussins que j’empile vite fait et un oreiller tout mou que je place sur le dessus. Je suis à genoux, jambes écartées, je m’appuis sur la pile de coussin en avant. J’ai besoin impérativement de pouvoir me relâcher complètement entre les contractions. Installée avec les coussins, je peux enfin m’abandonner entre chaque contraction. Je peux me laisser aller à m’"endormir", à profiter du taux élevé d’endorphine que mon corps produit. Dès que je suis dans cette position, l’envie de pousser apparait, elle est impérieuse et forte. Je l’accompagne. Elle fait mal. Je ne peux qu’aller dans le même sens. La suite : tout est flou, je sais que j’attrappe des mains à chaque contraction. Elles me rattachent à la terre, ce sont de puissantes amarres au milieu de cette tempête, j’en ai besoin encore et encore. Je les sers, je m’y agrippe, elles me font un bien fou. J’entends parler, j’entends échanger, j’écoute les questions de l’haptonome ou de la doula à P., j’entends les réponses de P.. Je suis là sans être là, intensément là et aussi partie dans le vide, dans le coton. Je m’affale en avant sur les coussins entre les contractions, je les attappe à bras le corps et m’y laisse aller complètement. Je sens la vague arriver, la puissance monter, l’envie de pousser modérée au départ, que je parviens à accompagner, je sens comment aider à relâcher et d’un coup l’intensité augmente encore d’un cran, l’envie de pousser est gigantesque, je ne peux pas lutter, je pousse mes trippes. Ca écartèle et ça fait mal. Ca fait du bien mais c’est extrèmement douloureux. J’accompagne ces poussées de sons qui se transforment en gémissements puis en cris. Les sons graves sortent tout seuls, c’est ma façon de me soulager, la seule façon de me soulager. Je ne pense plus à rien, j’ai chaud, je suis en sécurité, je sens ces mains auxquelles je m’agrippe. J’entends de loin dans mon monde les paroles de P., de l’haptonome, de mon homme. On me dit d’accompagner le bébé, que je fais du bon travail, que ça avance, que c’est parfait. Je les bénis. Je ne peux pas leur montrer que je les entends. Je hoche juste la tête. Je verbalise mes sensations quand je me sens débordée, je dis que j’ai mal, que j’ai peur. Ca fait du bien de reconnaitre ce qui me traverse. Je ne réfléchis pas à la contraction suivante, je ne réfléchis pas à la fin. C’est long, très long. A un moment, je sens la tête qui descend d’un cran dans mon bassin. C’est CETTE sensation, celle-là, unique, mémorable que je souhaitais connaitre. Elle est tellement belle mais à la fois terriblement angoissante, je suis en plein dans mon conflit, je sais au plus profond de moi que j’explore l’inconnu, qu’il faut que je passe par là pour me réparer, pour réparer mon clan, c’est un pansement que je mets sur une plaie géante. J’ai peur, terriblement peur, je sais que traverse un enfer intérieur dont j’ai hérité mais je sais aussi, grace au travail accompli ces dernières années que la libération est par là. Il faut emprunter ce chemin. Bébé est là, de tout son être, pour m’aider à réparer. Lui sait comment passer, il faut que je fasse confiance, que je m’abandonne. Je me laisse porter, encore et encore. Les poussées sont gigantesques, j’ai mal, tellement mal. Je ne perds pas espoir. Je ne réfléchis à rien, je sais qu’il y aura une fin. Je hurle comme je n’ai jamais hurlé. Je me fous de ce qu’on peut penser de moi. Je sais que je ne suis entourée que de personnes bienveillantes. P. demande à mon homme de se placer face à moi. Je demande si c’est encore loin. P. me dit qu’elle voit la tête. Oufffff mais je sais que rien n’est fait, qu’il reste plein de contractions à venir, qu’il ne faut pas que je me relâche. On me fait écarter les genoux un peu plus. L’haptonome et mon homme me pincent les cuisses pour m’aider à évacuer la douleur. Mais celle-ci est tellement forte que je ne sens pas de réel soulagement. J’essaye d’ouvrir le périné comme on l’a vu en haptonomie, mais c’est trop fort, ça force ça pousse au-delà du relâchement. Je ressens la tête descendre, elle avance par crans. Je me rapelle avoir perçu le diamètre de cette tête qui avance en moi, une toute petite tête qui chemine, se comprime elle aussi pour se frayer au mieux un chemin dans ce tunnel. Encore des contractions, encore cet écartèlement intolérable, encore des cris. Et je sens cette tête au bord de sortir, j’ouvre, je pousse, j’accompagne mon corps qui expulse. Au même moment le téléphone sonne (je saurai par la suite que c’était ma mère !) et le chien se met à aboyer, pile au même instant la tête sort, la voilà !!!!! Mon homme regarde, il voit bébé. L’instant est fabuleux, ce temps entre 2 mondes, la tête sortie, le corps encore dans mon ventre. Temps suspendu où l’on attend la contraction suivante. Je me sens presque libérée, je sais qu’il reste un effort à faire. Pour l’instant je sens des petits pieds qui tapotent à l’intérieur de mon ventre. Ca y est, la contraction suivante arrive, intense, comme les autres, je m’ouvre, j’accompagne, je hurle encore, ça force, ça écartèle encore, ça dure. Et d’un coup, patatplouf, ça glisse comme une savonette. On me dit que ça y est, bébé est là, bébé est sorti ! Je me retourne, et je le vois ce bébé, tout plein de sang et de vernix, allongé sur le lit, sous moi, encore relié à moi par le cordon. J’exulte, je pleure, je répète "j’y suis arrivée, j’y suis arrivée" je suis fière, je sanglotte, je n’en reviens pas, c’est fini, je l’ai fait JE L’AI FAIT !!! Je suis sidérée, je pleure, de soulagement, de bonheur, de fierté, je répète au moins 15 fois "oh mon dieu oh mon dieu" tellement je n’en reviens pas. Ca y est, ça y est, j’ai REUSSI !!! Bébé pleure, au moment où mon homme l’annonce, je le vois : c’est une fille, une fille ! Comme on l’a toujours senti. Je suis soulagée. Et la voilà elle est là, Aura Lucina, notre fille, notre accompagnante, celle qui m’a permis d’en arriver là, qui m’a guidé au milieu des ténèbres. Elle qui m’a envoyé l’intuition très forte qu’il FALLAIT qu’elle naisse à la maison. Je l’ai suivie, je lui ai fait confiance et c’était loin d’être gagné mais on y est arrivé ! On a rencontré des personnes fabuleuses, la sage femme, la doula, l’haptonome qui ont donné de leur force pour nous aider, m’accompagner dans la douleur et le travail. Mes anges gardiens. Aura : c’est elle aussi qui nous a envoyer l’intuition de ce prénom, Lucina : ma petite vengeance sur Césarine (mon second prénom car je suis née par césarienne) Lucina est la déesse gréco-romaine qui protège les femmes en travail. Je m’allonge sur le lit, je suis endolorie, ça fait encore mal, je suis obligée d’être soutenue pour m’allonger. Aura est fabuleuse, elle regarde partout autour d’elle, comme si elle avait toujours été là. Mon homme approche, elle écarquille ses yeux quand elle entend sa voix, c’est merveilleux, je m’en souviendrai toute ma vie. J’ai mal, je ne peux pas prendre Aura dans mes bras, mais c’est pas grave, elle est paisible, je la sens bien. Je dis à P. que j’ai mal encore, je suis dérangée. Elle vient palper mon ventre. Elle me fait mettre en position accroupie au-dessus d’une bassine, je pousse doucement. Je ne supporte plus cette douleur, je ne veux plus pousser, je ne veux plus avoir mal, je veux que ça finisse. Le placenta sort d’un bloc. Il est entier. P. me dit qu’elle n’a jamais vu une délivrance aussi rapide. Je me rallonge à côté d’Aura. J’ai encore mal, très mal. P. m’examine, j’ai 2 déchirures le long de ma cicatrice d’épisio. Elle me dit que je n’aurais sûrement pas déchiré si je n’avais pas eu cette cicatrice antérieure. Mon homme amène mon fils. Il entre dans la chambre et il me voit avec Aura dans les bras. C’est l’effondrement dans son regard, comme s’il n’existait plus, comme si sa place était prise. Je cherche à l’attirer vers moi, qu’il vienne dans mes bras mais il n’en a pas envie, ça me fait mal au coeur de le voir si perdu. P. me recoud, ça fait mal, heureusement elle m’a anesthésié localement. Je ne supporte plus aucune sensation douloureuse. Ca dure assez longtemps. Aura est contre moi allongée sur le lit, je n’ai pas le temps de l’admirer, je veux que la douleur cesse. Mon fils revient un peu plus tard, il est transformé, il est tout cool, super content. Mon homme lui demande comment elle a fait maman quand le bébé est sorti, il répond « ahh » en criant ! Je suis soulagée de le voir si bien. Je reste un long moment dans la chambre, Aura contre moi. Je suis sonnée, j’ai encore mal, je ne peux pas savourer encore le fait d’avoir Aura contre moi.
Mes 3 anges gardien partent les unes après les autres, elles ont fait un travail fabuleux. On se tutoie tous maintenant (on se vouvoyait avec l’haptonome et P.). Une intimité très forte s’est créée. Des liens intenses se sont tissés. Mes 3 amarres et protectrices, la force des femmes. Je l’ai senti pendant l’accouchement : mon homme était là, entièrement à sa place et je remercie le travail qu’il a fait, il a été là sans jamais être invasif, parfait mon homme ! Mais j’avais surtout besoin des femmes, à travers elles c’est comme si je sentais la maternité, la puissance qu’une femme peut déployer. J’ai puisé en elles mes forces. C’est comme s’il s’était établi un dialogue subtil entre nos corps par l’intermédiaire des contacts physiques. Une main, une carresse sur la joue ou sur le front.
Mes secondes mamans, qui ont pris soin de moi et m’ont protégée. Je les en remercie du fond du coeur. Un long moment après le départ de mes 3 anges gardiens, j’ai l’envie de changer de pièce, je veux faire retomber la pression, je ne supporte plus d’être dans cette chambre où tout a été si intense. Je descends au salon, Aura en peau à peau contre moi sous une couverture. Et je fais un truc tout bête, j’allume la télé. Besoin de renouer avec le monde, de redescendre sur terre. J’ai eu encore très mal ce soir là, à chaque envie de pipi, j’étais pliée en 2, je pouvais à peine marcher.
 Aura a un peu tété mais elle a surtout eu besoin de téter mon petit doigt, sûrement pour se rééquilibrer le crâne. Mon homme a couru en tous sens. On s’est couché vers 23 h, avec mon fils, car impossible pour lui de s’endormir seul dans sa chambre. A quatre dans le lit, mon fils s’agite un bon moment et finit par s’endormir. Aura et moi restons réveillées, encore sous tension. Il faut du temps pour que ça retombe. Aura ne décolle pas de mon petit doigt. Je finis par la prendre sur moi, on s’endort enfin : elle couchée sur mon ventre.

Je suis particulièrement fière d’avoir réalisé ce parcours, je suis heureuse de pouvoir annoncer que j’ai accouché à la maison. Avec mon homme nous avons su préserver notre bulle pendant de nombreux jours après cette naissance. Je crois que petit troiz’ naitra sûrement lui aussi à la maison !

Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 22:18
- Par Frédérique Horowitz - Publié dans : Témoignages
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