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"Naître Chez Soi"
Aurèle et cette fin d’année 2004.
Ce témoignage est celui d’un papa comme un autre, mais tout de même là quand il le faut.
La journée débute là où nous avons laissé la précédente. Finalement, nous attendons la nouvelle année bien tranquillement.
Nous naviguons entre sérénité et impatience.
Cette idée d’un accouchement à la maison a mûri il y a bien longtemps dans la tête d’Anne Sophie.
Il m’aura fallu un peu de temps pour accueillir cette volonté, mais bien vite je mesure ce que cela veut dire pour elle : envie, conviction et bonheur d’amener à la vie notre petit bout dans notre nid à nous.
La crainte ne m’habite pas, seulement un tas de petites questions. Je sais la nature bien organisée. Je nous fais confiance.
Sans doute que cette journée allait se passer entre les vicissitudes de notre petite vie et le rythme impulsé par nos deux "grands garçons".
Quel vin allons nous savourer avec mon ami Pierre ce 31 décembre ?Une bonne table me met toujours de bonne humeur. Mais c’était sans compter sur nos deux compères, uni(e ?)s pour quelques heures encore.
Anne-Sophie sent bien au cours de cette fin d’après-midi des petites contractions, mais elle en a vu d’autres !
Notre vie trépidante continue donc et chacun s’affaire à ses multiples occupations.
La valse entamée depuis quelque temps se rythme petit à petit.
Anne-Sophie se met à monter les escaliers, les redescend et ainsi de suite sous l’œil amusé de Marius. (Il s’en souviendra probablement un bon moment.)
La soirée s’annonce palpitante. Mais cela ne nous inquiète pas. Après tout, nous sommes prêts depuis longtemps.
Le temps de préparer les enfants pour une nuit magique, de dîner une dernière fois à quatre et ils sont déjà rendus dans leurs chambres, des rêves plein la tête.
Nous nous retrouvons tous les deux, comme si cela allait être la première fois, remplis de sentiments : excitation, retenue, tendresse et douleur.
Nous savons qu’il est là, bien décidé à surgir dans notre vie, si bien lové depuis des mois.
Les contractions sont régulières, nous savons que le moment est sans doute proche.
C’est à ce moment que nous décidons de nous prendre en main et de gérer le côté matériel de notre aventure.
"Mais où se trouve la couverture ?" "Tu sais où sont les alèses ?"
Après quelques détours au fond des placards, nous finissons par rassembler ce dont nous avons besoin. Une machine à laver part dans la foulée, juste le temps de la finir pour un tour de sèche-linge, et le tour est joué.
En deux temps trois mouvements, la salle de jeux se transforme pour accueillir Anne-Sophie si elle le souhaite : matelas par terre protégé à ma façon, situé à côté du clic-clac.
Nous ressortons un tas de petits trucs, au cas où, mais en fait, peu de choses sont vraiment utiles. Pour ma part, je retiendrai une chose sincèrement utile, il s’agit des petites serviettes du type "essuie-mains" que vendent notamment les géants du nord. Je sais, cela peut paraître incongru, mais elles nous ont suivi tout au long de l’accouchement, essuyant tout sur leur passage sans se plaindre, avec tant d’efficacité, calmant les douleurs salvatrices d’Anne-Sophie durant les dernières contractions.
Anne-Sophie appelle J. une première fois…
Puis une deuxième fois, peu de temps après. Elle décide de partir, il devait être aux alentours de 23h00.
Il n’y a plus de doute possible, les contractions répétées sont le signe d’une naissance prochaine.
La maison est calme …
Anne-Sophie fait une dernière virée sur le net, prend un bain une bonne demi-heure. Tout est prêt.
Une seule petite lumière reste allumée dans notre maison, elle nous semble si douce. Une ambiance confinée s’installe et la pénombre enveloppe toutes nos pensées.
Seul, je prends mon petit café qui doit m’aider à rester bien éveillé toute cette nuit.
La télé restée allumée me regarde, j’attends sagement la suite des évènements songeur, impatient. J’ai dû confier notre naissance à "l’haut de là"…
Une joie dissimulée, mais totalement envahissante, excite mon attente.
Anne-Sophie réapparaît, quelque peu apaisée par cette pause relaxante.
Notre corps à corps peut débuter. Je suis là, présent à ses côtés, pour la soutenir. Chaque nouvelle contraction rapproche notre bébé de nous. Les lingettes chaudes que je pose sur son ventre dur soulagent la douleur. J’ausculte (avec mon oreille) le ventre d’Anne-Sophie, le cœur semble battre à gauche, les choses se présentent bien.
Chaque gémissement d’Anne-Sophie respecte le sommeil des grands, ils respectent de leur côté ce moment si peu habituel. La porte de leur chambre est ouverte, comme d’habitude. Ils dorment à poings fermés, sans doute vivent-ils eux aussi la naissance.
C’est rassurant de les savoir près de nous …
Les minutes s’allongent, les douleurs aussi.
J. sillonne les routes.
Nous arpentons d’autres routes.
Aux alentours d’1 heure, J. arrive, tout simplement.
Nous sommes rassurés, heureux de voir ses sourires et son silence.
Nous discutons entre les contractions. Le travail s’accentue, chaque contraction nous unit fortement.
J. propose à Anne-Sophie de s’installer dans la chambre.
Très vite, Anne-Sophie trouve la position qu’elle va adopter, moi aussi.
Je me tiens à côté d’elle, certes un peu impuissant, mais tellement présent.
Je soutiens sa tête, je la caresse, je la laisse dans la solitude de son accouchement.
J. trouve aussi sa place. Elle se positionne comme prête à recevoir notre enfant. Quelques mots viennent çà et là, Anne-Sophie travaille seule, forte, courageuse et déterminée.
Les efforts deviennent très douloureux, mais très efficaces.
Les cheveux sont déjà là, comme à chacun de nos deux autres garçons. Chevelus, les mecs ! Avec J, nous échangeons des regards silencieux, rassurants et confiants. La naissance est proche.
Anne-Sophie n’est plus avec nous, elle fusionne avec son bébé quelques instants encore, avant de le laisser naître pour tous ceux qu’elle aime.
Lubin se met à pleurer, il entre à son tour en communion avec Anne-Sophie, se rappelant ainsi de cette union charnelle qu’il partageait dans le ventre de sa maman.
Pourquoi se réveille-t-il si près de la naissance, alors que les cris d’Anne-Sophie emplissent la maison depuis un bon moment ?
Anne-Sophie veut en finir, elle jette ses dernières forces et notre poussin arrive dans un tourbillon de liquide.
Délivrance !
(L’heure n’avait que peu d’importance.)
J. le prend dans ses mains, et le dépose sans plus attendre aux côtés de sa maman, douce délivrance.
Moi, je vis tous ces moments intérieurement, avec beaucoup de retenue et de bonheur. Notre petit bonhomme est là.
Quelques minutes plus tard, je m’empresse de rejoindre les enfants, cette fois-ci tous les deux réveillés. Cet instant de joie, j’aurais bien voulu qu’Anne-Sophie puisse aussi le vivre. Mes deux garçons savent déjà que "le bébé" est arrivé.
Lubin : "Papa, ça y’est, le bébé de maman est là ?"
Je leur explique que c’est un garçon, qu’il s’appelle Aurèle et qu’il jouera peut-être au foot. Lubin est très heureux, avec son petit sourire à rallonge qui veut tout dire. Marius, encore un peu dans le gaz, vit cela plus de l’intérieur, comme moi.
Ils ne vont plus beaucoup dormir pour cette nuit.
Je redescends pour rejoindre ma douce aimée, amoureusement enlacée avec sa progéniture. J. regagne la cuisine, simplement pour nous laisser savourer ce moment précieux.
Nous nous retrouvons tous les trois, nous déposant de petits bisous, écoutant le silence de ce moment unique. Seules les contractions semblent s’acharner à troubler notre plénitude.
Ce moment dure longtemps.
J’ai toujours eu confiance en la Nature, c’est certainement cette certitude qui m’a conforté dans ce projet d’accouchement chez nous, loin de toutes les préoccupations du monde médical.
J., merci mille fois de nous avoir accompagnés avec tant de retenue, de délicatesse. Ta connaissance est grande, ce que tu dégages l’est tout autant.
J’étais heureux de te voir arriver, si tard, ce soir là. Tu fais partie des nôtres.
J. est dans la cuisine, la pénombre de notre petite lampe lui suffit pour griffonner quelques écritures.
Je la rejoins, nous échangeons quelques paroles, tout se passe si bien…
Les enfants sont sur le pallier, là haut, et appellent doucement.
J’y vais. Ils sont là, tout sourire. J’ai compris, ils désirent tant descendre et bavarder des mots doux avec leur fréro. Ils arrivent, main dans la main dans la salle de jeu. C’est magique, peu de mots mais une joie intense pour tout le monde.
Juste le temps de faire un petit bisou, ils remontent dans leur chambre et tentent de retrouver le sommeil.
Peine perdue… Je vais leur rendre une petite visite régulièrement, ils ont vraiment envie de profiter de ce moment unique. A chaque fois, on discute un petit coup et je retourne auprès d’Anne-Sophie. Enfin, je prends Aurèle contre moi, Anne-Sophie et J. accompagnent la fin de l’accouchement, la délivrance arrive. Le placenta trône dans un récipient quelques instants, avant que J. nous parle de cette poche de vie. Nous écoutons, savourant la rencontre de la connaissance et de la Nature.
Quelques jours plus tard, je dépose ce petit nid auprès des racines d’un abricotier fraîchement planté. Chaque abricot aura une sacrée odeur de vie !
La nuit s’écoule à ce rythme paisible, nous remettons un peu d’ordre, nous prenons un thé tous ensemble au beau milieu de la vie ( je voulais dire de la nuit).
En fin de nuit, nous nous décidons à fermer un petit coin de l’œil ; Après avoir tapé une dixième discute avec mes gars, nous tombons de sommeil.
Un matin pas comme les autres nous fait sortir de la couette, 2005 approche à grands pas, et nous, nous voici un de plus, à la maison, aussi heureux qu’Alexandre le bienheureux.
J., après une très courte nuit, reprend le volant, courageuse, mais certainement heureuse de ce plaisir partagé.
Et nous, et bien nous sommes chez nous, et ça, c’est un vrai bonheur.
Pour la petite histoire, notre soirée du nouvel an a bien eu lieu, évidemment quelque peu écourtée. Nos amis présents ce soir là auront partagé un petit bout de notre aventure, et arrosé notre petit Aurèle !
Merci Anne-Sophie, le chemin de notre vie est si vivant.
Merci J., tu accompagnes si bien toutes les sources de vie.
Je retourne auprès de ma petite famille.
Fin heureuse pour une histoire qui s’est répétée des milliards de fois !
Xavier
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