Récit de Céline


Récit de la naissance de Sarane, le 26 septembre 2007.

Cela fait déjà une semaine que j’ai des contractions, pas méchantes, mais pas régulières. Elles viennent plutôt le soir et le matin tôt, et deviennent moins présentes dans la journée. Je suis un peu aux aguets, car c’est mon premier bébé et j’ai peur de pas capter que ça commence. Parfois je guette la montre, et parfois j’essaie de zapper, pour ne pas focaliser dessus. Cela fait deux jours pourtant qu’elles paraissent prendre un rythme de plus ou moins dix minutes, mais je m’endors, elles disparaissent (où je ne les sens pas ?). Le matin, j’en ai une ou deux un peu douloureuses, mais ça disparaît quand je me lève.

La veille de l’accouchement, j’ai rendez-vous chez F., ma sage-femme. Je suis dans ma 40ème semaine de grossesse. Avec Lionel on hésite à lui demander de venir, pour éviter la voiture et la route. J’appelle F., et on décide d’y aller quand même. Ca fait un moment que je ne bouge plus trop de la maison, car les balades dans Marseille ne me disent rien. On en profitera pour manger dehors, et aller faire un tour. Apres avoir déjeuné, on va chez F. qui m’examine : le col est ouvert à un doigt. C’est pas pour tout de suite, (F. nous dit que bébé est prêt, qu’il peu arriver se soir ou demain … ou bien la semaine prochaine…) mais d’ici demain soir bébé sera là !... Je ne réalise pas encore. L’apres-midi on va se balader dans un parc, et on fait une super sieste au soleil avec mon homme. Retour à la maison, un peu naze, soirée tranquille on va se coucher vers 23h, avec dans l’idée que ce n’est pas pour tout de suite. (Ca fait tellement de temps que j’ai l’impression que c’est là que je n’y crois plus !)

Vers 1h30, le matin je suis réveillée par une grosse contraction, comme des règles mais en plus puissant. Ca me prend tout le bas du corps. Je souffle doucement par la bouche, je regarde l’heure. Elle est plus longue que d’habitude… Apres quelques minutes une autre arrive, ouh lala ! Plus de doute c’est bien parti ! Ca fait quand même assez mal, et je sens que je pars « ailleurs »… J’ai du mal à comprendre ce qui se passe et je me mets à souffler, gémir, pleurer, crier et surtout il me semble être incapable de rester en place. Je marche, essaye de me mettre sur le ballon… Je dis à Lionel d’appeler F. En m’entendant geindre pendant que mon homme lui explique la situation, F. se doute que je suis à dilatation complète, mais moi je ne m’en rends pas encore compte. Quelque part je sens que bébé n’est pas loin, mais dans ma tête ce n’est pas possible : j’attends que le travail commence régulièrement progressivement pour dilater le col. Je m’étais même dit que j’aurais un accouchement long ! Je suis incapable d’imaginer que le col est déjà ouvert. Je me dis même que si ce n’est que le début, qu’est-ce que ça va être après…. Pendant que je gère comme je peux (c’est-à-dire pas du tout) les contractions qui arrivent, Lionel commence à installer les alèses dans le salon, sort le matériel qu’on avait préparé. Je lui demande de ne pas oublier l’huile de massage, mais je ne suis plus trop présente, et j’ai du mal à parler. Puis ça devient de plus en plus dur, et la je décolle complètement comme si je devenais folle, ou sauvage : je crie, je me lamente, je fais des sons rauques, je tourne en rond, d’une position à l’autre, sans en trouver une où je sois bien. Ca me fait mal, et je n’arrive pas à me détendre, même entre les contractions.

Vers 2h10, F. arrive au moment où je perds les eaux. Elle me dit que mon bébé est là, qu’il va bientôt arriver. Là, je commence à réaliser que je suis plutôt vers la fin qu’au début, chose que je savais plus ou moins mais que je n’arrivais pas à admettre. Je ne réalise pas du tout, que bébé arrive, que je vais être maman. C’est une impression bizarre. F. m’examine : le col est complètement ouvert, il y a juste une bande sur le côté droit qui coiffe la tête du bébé. Lionel est parti garer la voiture de F., il revient à ce moment là. Je les entends parler à voix basse. Je suis sur une autre planète. J’entends tout, mais je suis incapable de communiquer autrement que par phrases courtes. Lionel m’enlève mes lunettes, et je continue à déambuler dans l’appartement en espérant trouver une position qui me donne du réconfort. Rien à faire. Ni le ballon, ni accrochée à l’écharpe, ni les épaules de Lionel, ne m’apporte réconfort. En fait je suis fatiguée : je n’ai pas trop dormi, et ça fait quelques jours que mes nuits sont plutôt hachées. Je commence à me dire que je n’y arriverais pas, mais je sais que je n’ai pas le choix. Sinon c’est l’hôpital, et je sais que je me sentirais encore moins bien là-bas, et que je n’y trouverais pas plus d’aide que celle que j’ai ici. Je ne pense même pas à la péridurale, je réalise juste que je ne peux compter que sur moi pour aller au bout. Les autres peuvent me soutenir, mais ne feront pas le travail à ma place. J’ai un peu peur ! Je commence à m’agiter violemment, et F. qui a un peu peur pour le bébé me dit qu’il faut que j’y aille maintenant, que je pousse… Pousser, déjà ? En fait je n’arrive pas à sentir la tête du bébé, et je ne sais pas si elle est descendue ou pas. De temps en temps je sens que j’essaye de fuir mon corps. Ca s’entend dans les sons que je fais qui deviennent plus aigus.

Je commence à être fatiguée, et je fini par m’allonger par terre. Je réalise qu’en fait la douleur que je ressens c’est mon corps qui pousse, et que c’est parce que je retiens que ça fait mal. Mais je n’arrive pas à le laisser pousser non plus. F. me demande de pousser en même temps. Elle me dit que mon bébé a compris que je n’étais pas tout à fait prête et qu’il a attendu jusque maintenant, mais que là il faut y aller… F. vérifie le cœur du bébé. Ca me fait du bien de l’entendre. Elle me dit que la tête est bien descendue dans le bassin. Moi je ne le sens pas. Je commence à pousser sur les contractions. Je ne sais plus à quel moment j’ai attrapé Lionel, mais je ne l’ai pas lâché, et je suis sur le dos, une jambe sur son épaule. J’ai besoin de sentir ce contact, ça me relie à la réalité. F. est sur le canapé. Je ne sais plus quand quelqu’un est allé faire chauffer de l’eau, et de temps en temps F. met une lange chaude sur la vulve. Ca fait du bien. Je pousse, mais je sens que je n’ai pas l’énergie d’aller jusqu’au bout de la contraction, si bien qu’à la fin la douleur revient. F. et Lionel m’encouragent. Ils me guident quand je ne souffle pas vers le bas de mon corps, que mon bassin se cambre, au lieu de s’ouvrir. Ils me disent qu’on voit la tête, et je sens que ça commence à tirer dans mon périnée. J’ai les jambes qui se mettent à trembler. Heureusement que F. et Lionel m’encouragent. Ils me disent que ça avance, qu’on voit ses cheveux, de continuer. Ils me disent quand je pousse efficacement, ou quand ça ne sert à rien. Je commence à ne plus y arriver, je n’ai plus d’énergie. Lionel me fait avaler du sucre. Et je recommence à pousser. F. m’aide en massant et en étirant doucement le périnée. Au bout d’un moment F. écoute de nouveau le cœur du bébé, elle me dit qu’il faut que je réagisse, qu’il est temps qu’il sorte. Elle me dit de mettre sur le côté gauche pour l’aider à sortir. Je ne suis pas bien du tout, je n’arrive pas à trouver de point d’appui, ça fait très mal c’est la panique. Je veux me retourner sur le dos. Mais F. me dis que pour le bébé je dois rester un peu comme ça et que je me remettrais sur le dos après. Je crois qu’elle a tourné sa tête, je sais plus pourquoi. Je crois qu’en fait il était tourné du côté droit… Et puis je me remets sur le dos. Ouf. Je continue à pousser sur les contractions. J’ai l’impression d’en être toujours au même point c’est désespérant. F. me dit que si je ne le sors pas bientôt, elle va être obligée de couper, que le bébé fatigue. Hein, quoi ? Couper ? Pas question ! Je luis dit de me laisser encore deux ou trois contractions pour y arriver. Je me dis que je dois le faire, et je pousse cette fois-ci jusqu’au bout des contractions. J’ai l’impression que je vais exploser ! Mais c’est efficace, et je sens la tête qui sort un peu plus. J’ai l’impression qu’elle est presque entièrement dehors mais non. Je pousse une deuxième fois, et oui, ce coup-ci la tête est sorti. Je sens l’excitation monter chez F. et Lionel. Encore pousser pour sortir les épaules, et je sens mon bébé glisser hors de moi. F. me le tend et je fini de le sortir. « Mon dieu ! ». Il pleure très fort, comme s’il était en colère d’avoir du patienter si longtemps dans son tunnel ! « C’est un garçon ! T’as vu Lio, c’est un garçon ! » Je n’y croyais plus. Je ne réalise pas que c’est le bébé qui était dans mon ventre, que c’est mon fils, et que je suis maman. Je le prends contre moi, il gigote en pleurant. Il continue de pousser dans ses jambes comme s’il ne réalisait pas qu’il était sorti. J’ai du mal à le tenir car il est glissant de vernix. On l’essuie, et on nous recouvre d’une couverture. J’ai déjà oublié la douleur. Mais il faut sortir le placenta : je pousse encore, bien que je n’en ai plus envie ! Il sort très facilement, F. vérifie qu’il est entier. Tout va bien. Je me relâche complètement, et me concentre sur mon bébé. Je le met au sein, mais il ne tête pas de suite. Lionel est mi à contribution pour aider F. à piquer le cordon (prise de sang pour le rhésus, car je suis rh-). On ne pourra pas attendre qu’il arrête de battre, car F. n’a pas réussi à prélever le sang en piquant, et est obligée de couper le cordon. J’ai un petit vaisseau qui a explosé, et qui saigne. F. me demande de serrer les jambes pour voir si ça s’arrête tout seul. Je croise les jambes (ouah ! c’est dur !). Mais finalement elle me fait un petit point. On se rend compte qu’on a pas regardé l’heure : il est 4h50, on dira que la naissance a eu lieu à 4h40 !

Apres les soins F. s’allonge sur la canapé, on discute doucement de cet accouchement, je me sens vidée (c’est le moins que l’on puisse dire !), mais détendue. Puis F. et Lio m’aident à aller m’allonger dans le lit. F. m’aide à mettre Sarane au sein puis s’en va, Lio range le salon, nettoie un peu, et nous rejoins dans le lit. Il est 6h30, dehors le jour se lève…

Mon seul regret est de n’avoir pas réussi à sentir le bébé, je ne me suis pas connectée à lui. Avec le recul, je suis fière de l’avoir mis au monde par moi-même, sans aide médicale. Mais j’espérais réussir à plus lâcher prise, et à laisser mon corps faire. Un mois et demi plus tard je suis plus indulgente : on ne peut pas tout faire changer d’un coup. Le fait d’avoir accouchée chez moi, sans « filet », et déjà un grand pas en avant dans la confiance que je peux avoir en mon corps. L’allaitement en est l’étape suivante….

Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 21:48
- Par Frédérique Horowitz - Publié dans : Témoignages
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