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Par Muriel Rivault

Extrait de

http://www.psychologies.com/article.cfm/article/2398/elles-ont-accouche-chez-elles?id=2398&page=3

 

 

Seulement 1 % de Françaises – contre 31 % de Néerlandaises – décident d’accoucher à la maison. Pour aller au bout de leur choix, elles doivent faire face aux préjugés, mais aussi à leurs propres angoisses. Quant aux obstétriciens, ils s’interrogent.

 

Les contractions s’accélèrent, Charlotte, 28 ans, appelle la sage-femme. Plus tard, dans le salon à la lumière tamisée, elle croit qu’elle ne va jamais y arriver. Son col de l’utérus est complètement dilaté. « Ton bébé arrive ! » Elle s’accroupit, le ventre sur un pouf ; Juan, son mari, fait corps avec elle. Charlotte s’ouvre complètement, l’enfant la guide. Une minute après, il est sur son ventre et attrape son sein. Esteban, toujours relié au cordon, apprend à respirer. Son regard croise pour la première fois celui de ses parents.

Tout s’est passé selon leurs souhaits : Esteban est né à son rythme, le 8 novembre 2002, et non de façon déclenchée, le 25 octobre, comme l’avait programmé la maternité où Charlotte était initialement inscrite. Contrairement à sa grande sœur, il n’a pas subi le protocole médical, dont l’aspiration gastrique qui consiste à enfoncer un tuyau dans l’œsophage du nouveau-né pour éliminer le reste du liquide amniotique. « C’est vraiment trop barbare ! »

 

« J’étais persuadée que, sans médecin, j’allais mourir »

 

Charlotte appartient au 1 % des Françaises qui choisissent leur domicile comme lieu d’accouchement. Et comme les autres parents, Charlotte et Juan se sont battus pour en arriver là. D’abord, contre leurs a priori. « Je pensais que c’était réservé aux hippies du Larzac », explique la jeune femme. « C’était vrai il y a vingt-cinq ans, explique Jacqueline Lavillonnière (présidente de l’Association nationale des sages-femmes libérales, ANSFL), qui a accompagné plus de huit cents AAD [accouchements à domicile, ndlr]. Aujourd’hui, toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées. »

Et puis contre leurs angoisses. « J’étais persuadée que, sans médecin, j’allais mourir et que mon bébé n’irait pas bien », témoigne de son côté Mélanie, 34 ans, qui a donné naissance à son deuxième enfant chez elle. Il n’est pas rare que les futurs parents décident de cacher leur choix à leur entourage. Ainsi Elise, 32 ans, n’a rien dit à sa mère : « Je devais déjà gérer mes angoisses, je n’allais pas y rajouter les siennes. »

Pour la psychanalyste Béatrice Alexandre, auteur d’une étude sur les naissances prématurées pour le ministère délégué à la Santé, ces angoisses sont générées par la formation des gynécologues obstétriciens en France : « Ils considèrent la femme comme une enveloppe dangereuse, qui risque à tout moment de leur créer des problèmes. Ils ne regardent que l’état du col de l’utérus et n’ont pas de temps pour les émotions. C’est de la maltraitance ! » « Les femmes finissent par croire que, sans la technique, elles ne sont capables de rien », souligne Francine Caumel-Dauphin, sage-femme (auteur, avec Myriam Szejer, des “Femmes et les bébés d’abord”, Albin Michel, 2001).

Pourtant, 31 % des Néerlandaises accouchent chez elles pour un taux de mortalité périnatal comparable à celui de la France. Aux Pays-Bas, ce sont les sages-femmes, et non les médecins, qui suivent les grossesses normales du début à la fin. Les obstétriciens ne s’occupent que des cas pathologiques, c’est-à-dire environ 15 % des grossesses.

 

 

« J’avais une sage-femme pour moi toute seule »

 

Pour sa deuxième grossesse, Elise s’est souvenue de la sage-femme avec qui elle avait sympathisé lors des soins postnatals de son premier accouchement : « Elle m’a suivie pour cette nouvelle naissance avant, pendant et après. Je pouvais l’appeler vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Présente aussi pour mon compagnon, elle l’a complètement rassuré. Pendant ces neuf mois, nous avons tissé une vraie relation de confiance. » Le jour de l’accouchement, elle s’est glissée discrètement dans leur intimité, professionnelle et respectueuse de leurs souhaits. « Pénétrer le territoire des autres nous enseigne l’humilité », explique Chantal Birman, sage-femme.
« J’avais une sage-femme pour moi toute seule, témoigne aussi Mélanie. Rien à voir avec mon premier accouchement à la maternité, sous péridurale, avec, à la clé, un coup de cisaille dans le sexe. Je me sentais comme de la viande ficelée à une planche métallique, et l’interne commentait avec l’infirmière la façon dont il me recousait. » La jeune femme désirait accueillir son deuxième enfant autrement, mais l’idée de la douleur la terrorisait : « Au fil des préparations, la sage-femme a fait un travail de “rassurance”. Elle venait à la maison, nous parlions. En fait, c’est très médicalisé ! »

Les professionnels de l’AAD se servent des techniques modernes pour affiner leurs diagnostics. Mais ce qui prime, c’est la relation de confiance qui s’établit. Hors de question d’accompagner un AAD si la sage-femme sent des résistances nuisibles à la sécurité de la mère et de l’enfant.

 

« J’étais surprise que la douleur ne soit pas plus forte »

 

« L’AAD n’est pas recommandé pour toutes, mais il est bénéfique pour les femmes en bonne santé et qui se sentent plus en sécurité chez elles, car ce sentiment augmente les chances de réussite », explique Michel Odent (fondateur du Primal Health Research Center, à Londres, et auteur de “L’Amour scientifié”, Jouvence, 2001), obstétricien de renommée internationale. Les médecins français, eux, ne parlent qu’en termes de risques.

Mais y a-t-il vraiment une différence de risques entre les naissances à la maison et celles en milieu hospitalier ? Aucune, répond Ole Olsen, chercheur de l’université de Copenhague, dans une étude réalisée en 1997 dans cinq pays occidentaux.

Sur vingt-cinq mille naissances estimées à bas risque, le taux de mortalité des bébés nés à la maison était le même que celui des bébés nés à l’hôpital. Le taux de mortalité périnatale était nul pour la mère dans les deux cas. « L’AAD n’a pas besoin d’être opposé à l’hôpital, reprend Michel Odent. En milieu urbain, la sage-femme a toujours la possibilité de travailler en réseau avec une maternité. » En effet, partir à l’hôpital en cours de travail est parfois nécessaire, notamment si la dilatation ne se fait pas ou si la fièvre apparaît (10 % des cas).

Mélanie se souvient de son premier accouchement en maternité, sous péridurale : « Avec l’anesthésie, je ne sentais pas le moment où il fallait pousser. » Et à la maison, elle qui avait si peur de la douleur s’est découverte d’un calme olympien. Au début des contractions, elle est seule, elle marche, heureuse à l’idée de ne pas être attachée à une table, les pieds coincés dans des étriers, une perfusion dans le bras, la vulve rasée et exposée au public. Par peur de déranger, elle n’appelle pas tout de suite la sage-femme. Elle choisit sa position de travail, celle que son corps lui dicte à chaque instant. Mélanie prend un bain, mange, s’endort, puis prend un deuxième bain : « Sans monitoring, je ne voyais pas à l’écran les pics de douleur, j’étais surprise qu’elle ne soit pas plus forte. » Le bébé est sur le point de naître, lorsque son mari la rejoint. Il appelle la sage-femme. Paniqué, il soutient Mélanie qui était dans le couloir, jusqu’au lit. C’est elle qui le rassure : « Des millions de femmes accouchent ainsi dans le monde. » Deux minutes plus tard, le bébé est là. La sage-femme sonne à la porte !

 

« Ma fille est née déterminée, et elle est déterminée »

 

« L’AAD m’a redonné confiance en mon corps et en mes capacités d’être mère. Je me suis sentie reliée à toutes les femmes, poursuit Mélanie. Une relation de compréhension et de respect s’est immédiatement installée entre mon bébé et moi. Ma fille est née déterminée et elle est déterminée, beaucoup plus que l’aîné. » Pour Myriam Szejer, pédopsychiatre et auteur de “Ces neuf mois-là” (Robert Laffont, 2002), si le bébé naît dans une ambiance de respect, de calme et de sécurité, il bénéficie d’un équilibre plus favorable à son développement.

Une naissance sans violence donne à l’enfant l’envie d’exister et tisse le premier lien de confiance dans la famille. Voilà peut-être une nouvelle base pour assurer une existence plus équilibrée aux générations à venir. Michel Odent l’explique très bien : « Avec la péridurale, vous bloquez la sécrétion des hormones naturelles qui favorisent le lien d’amour entre la mère et son bébé. La majorité des femmes accouchent sans ces hormones d’amour. C’est du jamais vu dans l’histoire de l’humanité. Quel monde sommes-nous en train de créer ? »

 

RISQUE :


L’accepter ou pas ?

 

« A l’hôpital comme à la maison, le risque zéro n’existe pas », assure Bernard Maria, chef du service des gynécologues obstétriciens de l’hôpital de Villeneuve-Saint-Georges, en région parisienne. Pour Guy-Marie Cousin, gynécologue obstétricien, tout repose sur les mentalités : « Il y a cinquante ans, les gens acceptaient l’idée de l’accident et personne ne faisait de reproches à un professionnel consciencieux. Aujourd’hui, cela a changé. »

« L’accouchement à domicile est trop dangereux, affirme quant à lui le professeur Giraud, président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens français (Syngof). On ne peut dire qu’a posteriori si un accouchement a été normal. Le cordon ombilical peut descendre devant la tête du bébé et l’asphyxier [0,2 à 0,6 % des cas, ndlr]. Et après la délivrance, la mère risque une hémorragie… » « A moins de laisser une ambulance avec tout le matériel nécessaire en bas de la maison au cas où, surenchérit le docteur Cousin, également secrétaire général du Syngof. Même les femmes qui ont été suivies et dont la grossesse s’est déroulée normalement doivent savoir qu’elles prennent un risque. Mais si elles se responsabilisent, pourquoi pas ? »

Et Bernard Maria de conclure :
« L’AAD est un symbole. Si on le considère irréalisable, c’est probablement que l’on a une analyse trop technique, trop angoissée et pas assez réaliste de ce qu’est le risque de naissance. »

Lundi 17 novembre 2008 1 17 /11 /2008 10:33
- Par Delphine D.Sainsimon - Publié dans : Vu dans les médias...
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